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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise économique persistante marquée par une inflation galopante, une monnaie dévaluée et des tensions sociales récurrentes. Dans ce contexte, l’arrivée de Seydou Garba, un économiste chevronné aux idées audacieuses, suscite autant d’espoirs que de débats. Ancien haut fonctionnaire à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et professeur d’économie à l’Université de N’Djamena, Garba a été nommé ministre des Finances et du Budget en janvier 2024. Son mandat coïncide avec une période charnière pour le pays, où les recettes pétrolières – principale source de revenus – subissent les effets combinés de la baisse des cours internationaux et de la dégradation des infrastructures de production.

Un diagnostic sans concession

Seydou Garba hérite d’une situation économique catastrophique : le déficit budgétaire a atteint 5 % du PIB en 2023, tandis que la dette publique frôle les 50 % du PIB, un niveau jugé insoutenable par les institutions internationales. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, il a dressé un tableau sans fard : « Le Tchad vit au-dessus de ses moyens depuis des années. Les dépenses publiques, gonflées par des subventions inefficaces et un train de vie de l’État insoutenable, doivent être rationalisées. » Parmi les priorités, il cite la réforme du secteur pétrolier, où la corruption et le manque de transparence ont vidé les caisses. Le pays, 4e producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, voit ses revenus fondre comme neige au soleil : en 2023, les exportations ont chuté de 12 % par rapport à l’année précédente, selon la Banque mondiale.

Des solutions controversées mais nécessaires

Pour redresser la barre, Garba mise sur plusieurs leviers, certains radicalement nouveaux pour le Tchad. D’abord, la digitalisation des dépenses publiques : un système de paiement électronique, inspiré des modèles rwandais et sénégalais, devrait être déployé d’ici fin 2024 pour lutter contre les détournements. « Chaque franc tchadien doit être traçable », a-t-il martelé lors d’une conférence de presse en mars. Ensuite, une réforme fiscale est en préparation pour élargir l’assiette fiscale, notamment en ciblant le secteur informel, qui représente près de 40 % du PIB mais échappe largement à l’impôt.

Cependant, ces mesures s’accompagnent de risques politiques. La suppression des subventions sur les produits de première nécessité – comme le carburant et l’électricité – prévue pour juillet 2024, pourrait déclencher des émeutes similaires à celles de 2018, où des manifestations avaient fait une vingtaine de morts. Garba assume ce choix : « C’est douloureux, mais nécessaire. Les subventions profitent souvent aux plus aisés et creusent le déficit. Nous allons compenser par des transferts monétaires ciblés vers les ménages les plus vulnérables. » Un filet social, encore balbutiant, reste à construire, avec l’appui de partenaires comme la Banque mondiale, qui a débloqué 150 millions de dollars en mars pour soutenir les réformes.

Enfin, Garba plaide pour une diversification de l’économie, un serpent de mer au Tchad. Il mise sur l’agriculture, le secteur minier (or, uranium) et les énergies renouvelables, avec un projet de parc solaire de 30 MW dans la région du Sahel. « Nous ne pouvons plus dépendre à 80 % des hydrocarbures », souligne-t-il. Pourtant, les défis sont immenses : le secteur privé est étouffé par la bureaucratie, et les investisseurs étrangers restent méfiants face à l’instabilité politique et à la corruption endémique.

Seydou Garba incarne une génération de technocrates déterminés à briser les cycles de mauvaise gestion qui ont affaibli le Tchad depuis son indépendance. Son approche, à la fois pragmatique et risquée, pourrait redonner un souffle à une économie asphyxiée. Mais le succès dépendra de sa capacité à concilier rigueur budgétaire et justice sociale, dans un pays où la patience de la population est à bout. Pour l’heure, les marchés financiers observent avec méfiance, tandis que les Tchadiens, eux, attendent des actes concrets. Le temps presse : en 2025, le Tchad devra rembourser une dette extérieure de plus de 1 milliard de dollars.

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