Le Forum des Bâtisseurs de l’Économie en Afrique (FBE) célèbre cette année son vingtième anniversaire en mettant à l’honneur les pays africains dont les politiques économiques ont démontré une efficacité remarquable. Créés en 2004, les Prix du FBE récompensent annuellement les nations et les dirigeants qui ont su impulser des réformes structurelles, favoriser la croissance inclusive ou attirer des investissements stratégiques. Cet événement, devenu un rendez-vous incontournable du continent, souligne l’importance de la bonne gouvernance et de l’innovation dans la transformation économique africaine.
Une reconnaissance des politiques économiques transformatrices
Parmi les lauréats 2024, plusieurs pays se distinguent pour leurs initiatives audacieuses. Le Rwanda, par exemple, est salué pour sa gestion rigoureuse de la dette publique, passée de 60 % du PIB en 2000 à moins de 50 % aujourd’hui, tout en maintenant une croissance annuelle moyenne supérieure à 7 %. Le Maroc est également mis en avant pour son plan d’industrialisation « Offshoring 2030 », qui a positionné le royaume comme un hub manufacturier pour l’Europe, générant plus de 150 000 emplois directs. Enfin, l’île Maurice, souvent citée en exemple, est récompensée pour son écosystème financier dynamique, classé parmi les plus compétitifs d’Afrique selon le rapport *Doing Business* de la Banque mondiale.
Ces distinctions ne sont pas anodines : elles reflètent une tendance croissante en Afrique, où les dirigeants privilégient désormais des politiques macroéconomiques stables, une diversification sectorielle (au-delà des matières premières) et des partenariats public-privé innovants. Comme l’explique l’économiste nigérian Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne directrice générale de l’OMC : * »Les pays africains doivent bâtir des économies résilientes, capables de résister aux chocs externes, tout en investissant dans le capital humain. »*
Un bilan contrasté malgré les avancées
Malgré ces succès, le continent reste confronté à des défis majeurs. Selon la Banque africaine de développement (BAD), 30 % de la population africaine vit encore sous le seuil de pauvreté, et les inégalités persistent entre les zones urbaines et rurales. Le Nigeria, par exemple, bien que première économie du continent, peine à redistribuer les fruits de sa croissance : son indice de pauvreté a augmenté de 11 % entre 2010 et 2022. De même, certains pays comme l’Angola ou le Ghana subissent encore les conséquences de la chute des prix des matières premières dans les années 2010.
Les experts soulignent aussi le rôle croissant de la jeunesse africaine, qui représente 60 % de la population. Des initiatives comme le *Youth Employment Service* en Afrique du Sud ou les fonds dédiés à l’entrepreneuriat féminin au Sénégal montrent que l’innovation sociale peut compléter les politiques économiques traditionnelles. * »L’Afrique a besoin de politiques qui créent des emplois décents, pas seulement de croissance »*, insiste l’économiste kényane Wangari Maathai, lauréate du prix Nobel de la paix en 2004.
Le vingtième anniversaire des Prix du Forum des Bâtisseurs de l’Économie en Afrique rappelle que le continent dispose désormais des outils pour se développer de manière autonome. Cependant, la clé du succès réside dans l’équilibre entre réformes économiques et inclusion sociale. À l’heure où l’Afrique représente 17 % de la population mondiale mais seulement 3 % du PIB global, ces distinctions doivent servir de levier pour inspirer des politiques plus ambitieuses. Comme le souligne le rapport 2024 de la BAD : * »L’Afrique n’a pas besoin de charité, mais de partenariats équitables et de visionnaires capables de transformer ses ressources en prospérité partagée. »* Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si ces avancées se généraliseront ou resteront l’apanage d’une poignée de nations.