
Du 4 au 6 septembre 2024, Nairobi a accueilli le sommet « Africa Forward », un événement majeur réunissant des dirigeants africains, des investisseurs internationaux et des partenaires multilatéraux autour des enjeux de développement et de souveraineté du continent. Parmi les figures centrales de cette rencontre, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en incarnant une vision ambitieuse pour une Afrique autonome, libérée des contraintes néocoloniales et tournée vers une industrialisation endogène. Son discours, salué pour son franc-parler et sa profondeur stratégique, a positionné le Sénégal comme un acteur clé dans la refonte du partenariat Afrique-Occident.
Une diplomatie économique au service de la souveraineté
Dans son allocution lors du sommet, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de « rompre avec les modèles économiques imposés qui perpétuent la dépendance ». Il a critiqué les mécanismes financiers traditionnels, comme la dette extérieure, tout en proposant des alternatives concrètes. Le président sénégalais a évoqué l’idée d’une « monnaie commune africaine » pour faciliter les échanges intracontinentaux, réduisant ainsi la dépendance au dollar et à l’euro. Cette proposition s’inscrit dans la lignée des initiatives portées par la CEDEAO, mais Faye l’a articulée autour d’un calendrier réaliste, avec des étapes progressives pour éviter les écueils des projets précédents.

Sur le plan énergétique, Faye a défendu l’exploitation des ressources naturelles locales, comme le gaz sénégalais, pour alimenter les industries africaines plutôt que pour l’exportation brute. Il a cité en exemple le projet de gazoduc entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée, appelé « Galsen-Gambia Gas Pipeline », comme un modèle de coopération régionale au service du développement. « Nous ne voulons plus être des fournisseurs de matières premières, mais des transformateurs », a-t-il déclaré, soulignant que cette approche créerait des emplois et stimulerait les économies locales.
Un plaidoyer pour une gouvernance africaine unifiée
Bassirou Diomaye Faye a également utilisé la tribune de Nairobi pour appeler à une « coordination renforcée » entre les États africains. Il a pointé du doigt les divisions internes qui affaiblissent le continent face aux puissances étrangères, citant comme exemple les tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie ou les crises politiques en Afrique de l’Ouest. « L’unité ne signifie pas uniformité, mais une vision commune pour défendre nos intérêts », a-t-il affirmé, tout en proposant la création d’un « fonds souverain panafricain » pour financer des projets stratégiques, comme les infrastructures ou l’éducation.

Le président sénégalais a également abordé la question de la sécurité, un sujet sensible après les coups d’État récents en Afrique de l’Ouest. Il a rejeté les interventions militaires extérieures, comme celles de la France ou des États-Unis, qu’il juge « contre-productives » et génératrices de tensions. À la place, il a prôné le renforcement des capacités locales, notamment via la formation des forces armées africaines et la promotion d’une « diplomatie préventive » portée par l’Union africaine. Cette position a résonné avec les attentes de nombreux dirigeants présents, frustrés par les approches perçues comme paternalistes des anciennes puissances coloniales.
Le sommet « Africa Forward » s’est conclu sur une note d’optimisme, avec la signature de plusieurs accords, dont un partenariat entre le Sénégal et le Kenya pour développer des énergies renouvelables. Bassirou Diomaye Faye repart avec une image renforcée de leader charismatique et visionnaire, capable de fédérer autour de projets concrets. Cependant, les défis restent immenses : convaincre les autres États africains de s’engager dans cette voie, mobiliser les financements nécessaires et résister aux pressions extérieures. Une chose est sûre : le discours de Faye a redonné un élan à l’idée d’une Afrique souveraine, et Nairobi a été le théâtre d’un tournant dans les relations internationales du continent.



