Le prince héritier du Maroc, Moulay El Hassan, a été reçu en audience officielle par le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, lors d’une visite diplomatique de haut niveau qui s’est tenue ce mercredi à N’Djamena. Cet entretien s’inscrit dans le cadre d’un renforcement des relations bilatérales entre les deux pays, alors que le Tchad cherche à diversifier ses partenariats économiques et sécuritaires après des années de tensions régionales. Les discussions ont porté sur des sujets majeurs, notamment la coopération énergétique, la sécurité au Sahel et les investissements marocains dans des secteurs clés du Tchad.
Un rapprochement stratégique dans un contexte régional complexe
La rencontre entre le prince héritier marocain et le président tchadien survient à un moment où le Sahel fait face à des défis sécuritaires sans précédent. Le Tchad, déjà engagé dans des opérations contre les groupes djihadistes au sein de la force conjointe du G5 Sahel, pourrait bénéficier du soutien du Maroc, dont l’expérience en matière de lutte antiterroriste est reconnue. Selon des sources diplomatiques, les deux dirigeants ont évoqué la possibilité d’une collaboration accrue dans le domaine de la formation des forces armées tchadiennes, ainsi que dans la lutte contre le trafic d’armes et de migrants.
Par ailleurs, cette visite s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des alliances du Tchad, qui tente de réduire sa dépendance vis-à-vis de la France, ancien partenaire historique. Le Maroc, quant à lui, voit dans le Tchad un allié potentiel pour étendre son influence en Afrique subsaharienne, notamment à travers des projets d’infrastructures et d’agriculture. « Le Tchad est un pays clé pour la stabilité de la région, et notre collaboration avec le Maroc peut apporter des solutions concrètes aux défis que nous partageons », a déclaré Mahamat Idriss Déby Itno lors de la conférence de presse qui a suivi l’entretien.
Coopération économique et énergétique : les priorités du partenariat
Au-delà des questions sécuritaires, l’économie a occupé une place centrale dans les discussions. Le Tchad, riche en ressources naturelles mais confronté à des difficultés structurelles, cherche à attirer des investissements étrangers pour relancer son développement. Le Maroc, déjà présent dans plusieurs pays africains avec des projets ambitieux (comme la centrale solaire Noor au Maroc ou les investissements agricoles au Sénégal), pourrait apporter son expertise au Tchad.
Plusieurs accords ont été évoqués, notamment dans les secteurs de l’énergie renouvelable et de l’agro-industrie. Le Tchad, qui dispose d’un potentiel solaire important, pourrait bénéficier de transferts de technologie marocains pour développer ses propres infrastructures. « Nous sommes intéressés par les modèles marocains de gestion des ressources hydriques et de développement des énergies vertes, deux domaines où le Maroc est un leader en Afrique », a expliqué un conseiller du président tchadien.
Par ailleurs, les échanges commerciaux entre les deux pays restent modestes mais en croissance. En 2023, le volume des échanges a atteint près de 50 millions de dollars, principalement axés sur les produits agricoles et les textiles. Les deux parties ont exprimé leur volonté de doubler ce chiffre d’ici 2025, en facilitant les conditions d’investissement et en réduisant les barrières douanières.
Cette visite du prince héritier Moulay El Hassan marque une étape importante dans le renforcement des liens entre le Maroc et le Tchad. Alors que le continent africain se réorganise géopolitiquement, avec l’émergence de nouveaux acteurs comme la Turquie, la Russie ou la Chine, le rapprochement entre ces deux pays pourrait offrir une alternative crédible aux modèles traditionnels de coopération. Pour le Tchad, partenaire historique de la France, cette alliance avec le Maroc pourrait symboliser une nouvelle ère de partenariats multiformes, tandis que le Maroc y voit une opportunité de consolider sa position en tant que puissance régionale influente. Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser les promesses faites lors de cet entretien, alors que les deux pays s’engagent à approfondir leur collaboration sur les plans sécuritaire, économique et diplomatique.