Le Forum des bâtisseurs de l’économie africaine (AFBF) a célébré cette semaine son 20e anniversaire à Nairobi, marquant deux décennies de promotion des bonnes pratiques économiques en Afrique. Cet événement, devenu une référence sur le continent, a récompensé six pays pour leurs politiques innovantes et efficaces dans la transformation économique et sociale. Parmi les lauréats figurent le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Botswana, le Sénégal, le Maroc et l’île Maurice, dont les stratégies ont été saluées pour leur impact concret sur la croissance inclusive et la réduction de la pauvreté.
Des modèles de gouvernance économique récompensés
Le Rwanda, souvent cité comme un modèle de résilience post-conflit, a été primé pour sa gestion macroéconomique rigoureuse et ses investissements massifs dans les infrastructures. Sous la direction du président Paul Kagame, le pays a enregistré une croissance moyenne de 7 % par an depuis 2000, tout en réduisant de moitié son taux de pauvreté. Le modèle rwandais, combinant une bureaucratie allégée et une vision à long terme, a inspiré d’autres nations africaines. « Notre succès repose sur une planification stratégique et une exécution sans faille », a déclaré le ministre rwandais des Finances, Uzziel Ndagijimana, lors de la cérémonie.
La Côte d’Ivoire, quant à elle, a été distinguée pour sa reprise économique spectaculaire après la crise post-électorale de 2010. Le pays a diversifié son économie, passant d’une dépendance quasi exclusive au cacao à un secteur industriel en expansion, notamment dans l’agroalimentaire et les technologies. Le gouvernement ivoirien a mis en place des réformes fiscales attractives et des partenariats public-privé pour attirer les investissements étrangers. « Nous avons fait le choix de la stabilité et de la transparence pour rassurer les investisseurs », a expliqué le Premier ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé. Le Botswana, autre lauréat, a été salué pour sa gestion prudente des ressources diamantifères, transformant ses revenus miniers en un fonds souverain parmi les plus performants du continent.
Le défi de l’inclusion et de la durabilité
Si ces pays ont su tirer leur épingle du jeu, d’autres participants au forum ont souligné les défis persistants, notamment en matière d’inclusion sociale et de durabilité environnementale. Le Sénégal, récompensé pour ses progrès dans les énergies renouvelables, a mis en avant son Plan Sénégal Émergent (PSE), qui vise à porter la part des énergies vertes à 30 % du mix énergétique d’ici 2025. « L’Afrique doit concilier croissance et préservation de l’environnement », a rappelé Macky Sall, président du Sénégal, lors de son discours. De son côté, l’île Maurice a été félicitée pour son modèle de développement intégré, combinant une économie diversifiée, un secteur bancaire robuste et une protection sociale étendue.
Les experts présents ont également noté que les politiques récompensées partagent des caractéristiques communes : une forte volonté politique, une transparence accrue dans la gestion des fonds publics et une collaboration étroite avec le secteur privé. « Les pays africains ont besoin de plus que des discours : ils ont besoin de résultats tangibles », a déclaré l’économiste nigérian Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC et figure emblématique du forum. Elle a ajouté que ces modèles devraient servir de référence pour les autres nations du continent, souvent confrontées à des instabilités politiques ou à des ressources limitées.
Le 20e anniversaire de l’AFBF a également été l’occasion de lancer un fonds dédié à la formation des jeunes entrepreneurs africains. Ce programme, financé par plusieurs États et partenaires internationaux, vise à soutenir 10 000 startups d’ici 2027, avec un accent particulier sur les femmes et les zones rurales. « L’avenir de l’Afrique se joue aujourd’hui sur l’innovation et l’éducation », a conclu l’organisateur de l’événement, l’économiste kényane Rose Wanjiku, avant d’ajouter : « Ces récompenses ne sont pas une fin en soi, mais un point de départ pour les pays africains qui veulent écrire leur propre histoire économique. »