Le 20e anniversaire du Forum des bâtisseurs de l’économie africaine (FBEAf), qui s’est tenu à Johannesburg du 12 au 14 novembre 2023, a marqué un jalon historique dans la reconnaissance des politiques économiques innovantes et des réformes structurelles menées par plusieurs pays du continent. Organisé par le groupe *Jeune Afrique* et ses partenaires, cet événement a mis à l’honneur les nations ayant su transformer leurs défis en leviers de croissance, tout en inspirant d’autres économies africaines à suivre leur exemple. Parmi les lauréats, le Ghana, le Rwanda et le Maroc se sont distingués pour leur gestion macroéconomique, leur attractivité pour les investissements étrangers et leur résilience face aux chocs externes.
Des réformes structurelles saluées par les experts
Le Ghana, premier pays africain à avoir obtenu des prêts souverains en monnaie locale sur les marchés internationaux en 2021, a remporté le prix de la « Meilleure politique de gestion de la dette publique ». Grâce à une stratégie audacieuse de restructuration de sa dette et à une collaboration étroite avec le Fonds monétaire international (FMI), le pays a réduit son ratio dette/PIB de 80 % en 2020 à 69 % en 2023, tout en maintenant une croissance annuelle moyenne de 5 %. « Cette distinction récompense une vision à long terme et une discipline budgétaire rare en Afrique », a déclaré l’économiste ghanéenne *Naa Densua Wiafe*, présente lors de la cérémonie. Le modèle ghanéen, basé sur la transparence et l’engagement des créanciers privés, est désormais étudié par plusieurs pays endettés du Sahel et d’Afrique centrale.
L’attractivité économique, un critère clé pour le Maroc et le Rwanda
Le Maroc a été primé pour son « Leadership en attractivité des investissements et diversification économique ». Depuis 2010, le royaume a multiplié les accords de libre-échange, notamment avec l’Union européenne et les États-Unis, et mis en place des zones économiques spéciales comme celle de Tanger Med, qui attire désormais 60 % des investissements industriels du pays. « Notre succès repose sur une approche intégrée, combinant infrastructures de pointe, simplification administrative et formation professionnelle ciblée », a expliqué *Mounir Majidi*, conseiller du roi Mohammed VI. Le Maroc, qui ambitionne de devenir une plateforme industrielle pour l’Afrique, a vu ses exportations manufacturières augmenter de 40 % entre 2018 et 2023.
De son côté, le Rwanda a été récompensé pour son « Innovation dans les politiques de développement humain et de gouvernance économique ». Sous la direction du président *Paul Kagame*, le pays a transformé son image de nation post-génocide en un hub technologique et logistique régional. Avec un taux de croissance annuel moyen de 7,5 % depuis 2015, le Rwanda mise sur des secteurs porteurs comme les technologies de l’information, l’agro-industrie et le tourisme. « Notre modèle repose sur l’efficacité de l’État, une lutte implacable contre la corruption et une intégration régionale renforcée », a souligné *Clare Akamanzi*, directrice générale de l’Agence rwandaise de développement. Le pays, qui accueille désormais le siège de la *Banque africaine d’export-import* (Afreximbank), sert de référence en matière de bonne gouvernance économique sur le continent.
Ces distinctions soulignent une tendance majeure : les pays africains primés ne se contentent plus de compter sur les matières premières ou l’aide internationale, mais misent sur des politiques proactives, une diversification économique et une intégration régionale renforcée. « Le FBEAf 2023 montre que l’Afrique n’est plus un continent en voie de développement, mais un acteur économique en pleine mutation », a résumé *Alain Faujas*, éditorialiste économique à *Jeune Afrique*. Cependant, les défis persistent : inégalités sociales, dépendance aux exportations de ressources naturelles et instabilité politique dans certaines zones. Les lauréats de cette année offrent nonetheless des pistes concrètes pour inspirer une nouvelle génération de réformes.