Le Forum des bâtisseurs de l’économie africaine (FABE) a célébré cette semaine son 20e anniversaire à Kigali, au Rwanda, marquant deux décennies d’engagement en faveur de la promotion des modèles économiques durables et innovants sur le continent. Cet événement phare, qui rassemble chaque année des dirigeants politiques, des entrepreneurs et des experts internationaux, a cette fois mis en lumière les pays africains ayant enregistré les meilleures performances économiques en 2023 et 2024. Une cérémonie solennelle a récompensé les nations les plus dynamiques, tout en soulignant les défis persistants du développement africain.
Les lauréats : des modèles de résilience économique
Parmi les pays salués pour leur gestion macroéconomique exemplaire, le Rwanda s’est distingué comme grand gagnant du prix du « Meilleur environnement des affaires en Afrique ». Avec un taux de croissance annuel moyen de 7,5 % sur les cinq dernières années, le pays d’Afrique de l’Est a su transformer ses réformes structurelles en leviers de compétitivité. Le modèle rwandais, souvent cité en exemple, repose sur trois piliers : une politique fiscale incitative, une réduction drastique de la corruption et un investissement massif dans les infrastructures numériques. « Notre succès repose sur une vision à long terme et une exécution rigoureuse », a déclaré le président Paul Kagame lors de son discours d’inauguration.
Le Sénégal a également été primé pour son « Leadership en innovation financière », notamment grâce à la mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent (PSE). Ce programme phare a permis au pays de diversifier son économie, avec une croissance soutenue de 5,3 % en 2023 et des projets ambitieux dans les énergies renouvelables et l’agriculture. Le Ghana, quant à lui, a reçu le prix de la « Meilleure gestion de la dette publique », après avoir réduit son ratio dette/PIB de 81 % à 69 % en deux ans, grâce à des réformes budgétaires audacieuses. Ces exemples illustrent la diversité des stratégies africaines pour stimuler la prospérité, mais aussi les disparités persistantes entre les nations.
Des performances inégales et des défis structurels
Malgré ces succès notables, le FABE 2024 a rappelé que l’Afrique reste confrontée à des obstacles majeurs. Selon le rapport 2024 de la Banque africaine de développement (BAD), seuls 10 % des pays africains ont atteint les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui vise à transformer le continent en une puissance économique intégrée. Les experts pointent du doigt plusieurs freins : le manque d’infrastructures transnationales, les conflits persistants dans certaines régions, et la dépendance aux matières premières, qui expose les économies aux chocs des prix internationaux. « L’Afrique ne manque pas de ressources, mais elle manque de valeur ajoutée », a souligné l’économiste kényane Njoki Njoroge Njehu, invitée au forum.
Les pays anglophones, en particulier, peinent à suivre le rythme de leurs homologues francophones et lusophones. Le Nigeria, première économie africaine, n’a pas été récompensé cette année, en raison d’une croissance en demi-teinte (3,3 % en 2023) et d’une inflation galopante. De même, l’Afrique du Sud, malgré son statut d’économie la plus industrialisée du continent, fait face à un chômage endémique (33 %) et à des inégalités criantes. Ces disparités soulèvent une question cruciale : comment généraliser les bonnes pratiques observées dans des pays comme le Rwanda ou le Botswana, où le PIB par habitant a plus que doublé en vingt ans ?
Les discussions du FABE ont aussi mis l’accent sur l’importance de l’intégration régionale. Le projet de Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entré en vigueur en 2021, est souvent présenté comme une solution pour booster les échanges intra-africains, qui ne représentent aujourd’hui que 15 % du commerce total du continent. Pourtant, les barrières non tarifaires et les tensions géopolitiques freinent encore son déploiement. « La ZLECAf est une opportunité historique, mais elle nécessite une volonté politique sans faille », a déclaré la commissaire au commerce de l’Union africaine, Albert Muchanga.
Alors que le FABE 2024 s’achevait, les participants ont quitté Kigali avec un constat partagé : l’Afrique possède les atouts pour devenir un acteur économique majeur du XXIe siècle, mais son avenir dépendra de sa capacité à surmonter ses divisions internes et à investir dans l’éducation, la technologie et l’industrialisation. Les lauréats de cette année offrent des pistes concrètes, mais le chemin vers une prospérité inclusive et durable reste semé d’embûches. Comme l’a résumé un participant camerounais : « Nous célébrons les succès d’aujourd’hui, mais demain se prépare aujourd’hui. »