Il y a vingt ans, le Forum des Bâtisseurs de l’Économie en Afrique (FBEAF) lançait un programme pionnier pour reconnaître et récompenser les pays du continent qui se distinguent par des politiques économiques innovantes, durables et inclusives. Ce 20e anniversaire des Prix du FBEAF, célébré sous le thème *« Vingt ans d’impact : honorer l’excellence économique africaine »*, met en lumière non seulement les lauréats de cette année, mais aussi l’évolution de la gouvernance économique sur le continent. À travers une cérémonie prévue en marge du sommet annuel du FBEAF à Johannesburg, l’événement rend hommage aux nations ayant su transformer leurs défis structurels en leviers de croissance, tout en plaçant l’humain au cœur de leurs stratégies.
Des critères exigeants pour une reconnaissance méritée
Les Prix du FBEAF se distinguent par leur rigueur. Chaque année, un jury indépendant évalue les candidatures selon des critères précis : stabilité macroéconomique, création d’emplois, innovation des politiques publiques, résilience face aux chocs externes, et impact sur les populations vulnérables. Cette année, le Rwanda a été salué pour sa gestion transparente des finances publiques et son programme *« Made in Rwanda »*, qui a relancé l’industrie locale tout en réduisant les importations. Le Botswana, quant à lui, a été récompensé pour son fonds souverain, un modèle de diversification économique ayant permis de limiter la dépendance aux diamants. Ces exemples illustrent comment des politiques ciblées peuvent générer des résultats tangibles : le Rwanda affiche une croissance moyenne de 7 % par an depuis 2010, tandis que le Botswana a diversifié son PIB, avec le secteur non minier représentant désormais 60 % de son économie.
Le Maroc a également été mis à l’honneur pour son plan *« Maroc Vert »*, une stratégie agricole ambitieuse combinant modernisation et inclusion sociale. En dix ans, le royaume a augmenté sa production céréalière de 40 % tout en améliorant les revenus de 2 millions de petits agriculteurs. Ces succès soulignent une tendance forte parmi les lauréats : l’intégration des Objectifs de Développement Durable (ODD) dans les politiques nationales. Le Sénégal, primé pour son programme *« Plan Sénégal Émergent »*, a notamment mis en place des réformes pour électrifier 100 % de son territoire d’ici 2025, un pari audacieux dans une région où l’accès à l’électricité reste un défi majeur.
Un continent en mutation : entre défis persistants et opportunités
Si les Prix du FBEAF célèbrent les avancées, ils rappellent aussi les obstacles structurels auxquels l’Afrique fait face. La faible industrialisation, la dette publique croissante (atteignant en moyenne 70 % du PIB pour les pays à revenu intermédiaire), et les inégalités régionales freinent encore certains pays. Pourtant, les lauréats de cette année montrent que des solutions existent. Le Ghana, par exemple, a été récompensé pour sa réforme fiscale visant à élargir l’assiette imposable tout en soutenant les PME, un modèle qui a permis de réduire le déficit budgétaire de 9 % à 5 % en cinq ans.
Les experts soulignent également le rôle croissant de la jeunesse dans ces transformations. Au Kenya, le programme *« Ajira Digital »* a formé plus de 100 000 jeunes aux métiers du numérique, créant 30 000 emplois directs. Une preuve que l’innovation, lorsqu’elle est couplée à des politiques volontaristes, peut inverser les tendances. « L’Afrique n’a plus besoin de modèles importés, mais de solutions endogènes adaptées à ses réalités », déclare Dr. Amina Mohammed, économiste en chef à la Banque africaine de développement (BAD). Ces initiatives, souvent méconnues, méritent d’être mieux diffusées pour inspirer d’autres nations.
À travers cette 20e édition, le FBEAF ne se contente pas de décerner des trophées : il offre une plateforme pour échanger sur les bonnes pratiques et renforcer la coopération Sud-Sud. Les débats organisés en marge de la cérémonie aborderont notamment les moyens de financer la transition verte, un enjeu crucial pour un continent qui subit de plein fouet les effets du changement climatique. Avec des engagements comme celui de la Côte d’Ivoire, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050, les Prix du FBEAF rappellent que l’Afrique peut être un acteur clé de la durabilité mondiale.