Le 15 octobre 2023 restera une date historique pour la diplomatie centrafricaine. Madame Amina Priscille Longoh, figure emblématique de la société civile et ancienne ministre, a officiellement présenté ses lettres de créance au Saint-Siège, devenant ainsi la première ambassadrice de la République centrafricaine accréditée auprès du Vatican. Cette nomination, saluée par les observateurs internationaux, marque une étape importante dans les relations entre Bangui et Rome, tout en soulignant l’engagement du pays pour une diplomatie inclusive et ouverte sur le monde.
Nommée en octobre 2022 par le président Faustin-Archange Touadéra, Amina Priscille Longoh incarne une nouvelle génération de diplomates africains. Son parcours, marqué par un engagement fort en faveur des droits des femmes et de la jeunesse, a rapidement attiré l’attention des autorités centrafricaines. Avant sa nomination, elle a notamment cofondé l’organisation *Femmes, Paix et Sécurité en Afrique centrale*, une structure dédiée à la promotion de l’égalité des genres et à la résolution des conflits par des moyens pacifiques. Son expérience dans les négociations de paix, notamment lors des accords de Khartoum en 2019, a renforcé sa crédibilité sur la scène internationale. Le Vatican, connu pour son rôle de médiateur dans les crises humanitaires, représente donc un partenaire naturel pour la Centrafrique, un pays en proie à des défis sécuritaires et socio-économiques persistants.
Une diplomatie centrafricaine en pleine mutation
L’accréditation d’Amina Priscille Longoh auprès du Saint-Siège s’inscrit dans une stratégie plus large de réactivation des partenariats internationaux de la Centrafrique. Depuis la fin de la crise politique de 2013-2014, le pays tente de se repositionner sur la scène diplomatique, en diversifiant ses alliances au-delà des traditionnelles relations avec la France ou les États-Unis. Rome, avec son influence morale et son réseau d’organisations caritatives, offre une opportunité unique pour renforcer la coopération en matière d’éducation, de santé et de développement rural. Le pape François, connu pour son attention aux crises africaines, a d’ailleurs multiplié les appels à la paix en Centrafrique, notamment lors de son voyage au Soudan du Sud en 2023.
Cependant, cette nomination ne se limite pas à un symbole. Amina Priscille Longoh devra relever plusieurs défis dans ses nouvelles fonctions. Le premier concerne la sécurisation des relations avec le Vatican, où les questions de gouvernance et de respect des droits de l’homme sont scrutées avec attention. La Centrafrique, classée parmi les pays les moins avancés par l’ONU, doit également convaincre Rome de l’efficacité de ses réformes, notamment dans la lutte contre la corruption et la promotion de la transparence. Enfin, son rôle consistera à faciliter les échanges culturels et religieux, un domaine où la Centrafrique, majoritairement chrétienne, pourrait tirer profit du soft power du Saint-Siège.
Un message fort en faveur de la parité et de la jeunesse
La désignation d’Amina Priscille Longoh, une femme de 45 ans, envoie également un signal fort en faveur de la parité dans un pays où les femmes restent sous-représentées dans les instances décisionnelles. Selon les dernières données de la Banque mondiale, seulement 12 % des postes ministériels en Centrafrique sont occupés par des femmes. Son accession à ce poste diplomatique historique pourrait inspirer d’autres pays africains à suivre cette voie. Par ailleurs, son jeune âge reflète la volonté du gouvernement de Touadéra de s’appuyer sur une nouvelle génération de leaders, plus connectée aux enjeux contemporains.
Dans un entretien accordé à l’Agence centrafricaine de presse (ACAP), Amina Priscille Longoh a déclaré : « Cette mission est une preuve que la Centrafrique croit en la diplomatie inclusive et en la capacité des femmes à porter haut les couleurs de leur pays. » Son installation officielle à Rome, prévue pour novembre 2023, sera suivie de rencontres avec les autorités vaticanes pour définir les priorités de coopération. Alors que la Centrafrique tente de tourner la page des décennies de crises, cette nomination pourrait bien symboliser un nouveau départ pour le pays, tant sur le plan interne qu’international.