Le président algérien Abdelmadjid Tebboune continue de donner une impulsion concrète à sa politique africaine, notamment en Afrique subsaharienne. Une délégation officielle algérienne s’est rendue cette semaine à N’Djamena, la capitale tchadienne, pour discuter de la mise en œuvre des directives présidentielles visant à accélérer le projet de route transsaharienne. Ce corridor routier, qui doit relier l’Algérie au Tchad en traversant le Sahara, s’inscrit dans le cadre des efforts de coopération économique et d’intégration régionale portés par Alger. Les discussions, menées au plus haut niveau, ont porté sur les modalités pratiques de réalisation, les financements et les calendriers, confirmant ainsi l’engagement des deux pays à concrétiser ce projet stratégique.
Un projet phare pour le renforcement des liaisons entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne
La route transsaharienne, dont le tracé devrait relier Tindouf (sud-ouest de l’Algérie) à N’Djamena, est considérée comme un levier essentiel pour le désenclavement du Tchad et l’ouverture de nouvelles perspectives économiques pour les deux pays. Selon les déclarations des autorités algériennes, ce corridor routier de plus de 3 000 kilomètres devrait faciliter le transport de marchandises, réduire les coûts logistiques et stimuler les échanges commerciaux entre l’Algérie, le Tchad et au-delà, vers les autres pays de la région du Sahel. Le projet, dont les études de faisabilité sont en cours depuis plusieurs années, a été relancé sous l’impulsion du président Tebboune, qui en a fait une priorité de sa diplomatie africaine.
Les discussions à N’Djamena ont permis d’aborder les défis techniques, sécuritaires et financiers liés à la réalisation de cette infrastructure. Les deux délégations ont évoqué la nécessité de sécuriser les zones traversées, notamment dans le nord du Tchad, où des groupes armés intermittents opèrent encore. Par ailleurs, la question du financement a été au cœur des échanges, avec la recherche de partenariats publics-privés et le recours à des fonds internationaux, tels que ceux de la Banque africaine de développement (BAD) ou de l’Union africaine. Alger, consciente des enjeux, a réaffirmé sa volonté de mobiliser des ressources propres tout en sollicitant l’appui des institutions régionales.
Une coopération économique renforcée entre l’Algérie et le Tchad
Au-delà de la route transsaharienne, cette visite s’inscrit dans un contexte de rapprochement économique entre les deux pays. L’Algérie, qui cherche à diversifier ses partenariats en Afrique au-delà de son traditionnel ancrage maghrébin, voit dans le Tchad un partenaire clé pour l’expansion de ses échanges commerciaux. Les échanges entre les deux pays restent modestes, mais les autorités des deux capitales entendent les dynamiser, notamment dans les secteurs de l’énergie, des mines et de l’agriculture. Le Tchad, riche en ressources naturelles, pourrait notamment profiter de l’expertise algérienne dans les domaines des hydrocarbures et des infrastructures.
Les discussions ont également porté sur la création de zones économiques spéciales aux frontières, ainsi que sur la facilitation des visas pour les hommes d’affaires et les travailleurs. Ces mesures pourraient contribuer à renforcer les liens économiques bilatéraux et à attirer des investissements directs étrangers (IDE) dans la région. Par ailleurs, la question de la sécurité alimentaire a été évoquée, l’Algérie étant un acteur majeur dans la production et la distribution de denrées alimentaires en Afrique, tandis que le Tchad fait face à des défis récurrents en matière de résilience climatique.
La visite de la délégation algérienne à N’Djamena marque une étape importante dans la concrétisation de la route transsaharienne, projet ambitieux qui pourrait redéfinir les dynamiques économiques entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne. Si les défis restent nombreux, notamment en matière de financement et de sécurité, l’engagement politique des deux présidents, Abdelmadjid Tebboune et Mahamat Idriss Déby Itno, laisse entrevoir une avancée significative dans les mois à venir. Ce projet, s’il aboutit, ne manquera pas de renforcer la position de l’Algérie comme acteur incontournable sur l’échiquier africain, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour le développement du Tchad et de la région du Sahel. Les prochaines étapes seront cruciales pour transformer cette vision en réalité, et les observateurs suivront avec attention l’évolution des négociations.