Afrique : La CEDEAO et la SADC renforcent leur coopération face aux défis sécuritaires et économiques
Le 30 mai 2026, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont conclu un sommet historique à Niamey, au Niger, pour consolider leur partenariat stratégique. Cet événement, marqué par des discussions approfondies sur la sécurité régionale, l’intégration économique et la réponse aux crises humanitaires, intervient dans un contexte où plusieurs pays africains font face à des tensions internes et à une instabilité accrue. Alors que l’Afrique cherche à renforcer son autonomie face aux puissances étrangères, ce rapprochement entre deux des plus grandes organisations régionales du continent suscite l’intérêt des observateurs internationaux.
Une alliance renforcée face aux menaces sécuritaires
L’un des axes majeurs du sommet a porté sur la coordination des efforts en matière de lutte contre le terrorisme et les groupes armés. Le Niger, hôte de l’événement, a rappelé les défis posés par les attaques répétées de groupes djihadistes dans la région du Sahel, mettant en avant la nécessité d’une réponse conjointe. La CEDEAO, déjà engagée dans des missions de maintien de la paix, a proposé d’étendre ses opérations à d’autres zones instables, en collaboration avec la SADC. Cette dernière, active principalement en Afrique australe, apporte une expertise complémentaire en matière de stabilisation post-conflit et de gestion des frontières poreuses.
Les deux organisations ont également convenu de partager des renseignements et de mener des exercices militaires communs. « L’Afrique doit parler d’une seule voix pour faire face aux menaces qui pèsent sur sa sécurité et sa souveraineté », a déclaré le président nigérian Bola Tinubu, actuel président en exercice de la CEDEAO. Cette déclaration reflète une volonté croissante des États africains de réduire leur dépendance aux interventions extérieures, notamment celles des anciennes puissances coloniales ou des acteurs comme la Russie et la Turquie, dont l’influence croissante dans le secteur de la sécurité suscite des tensions.
Relance économique et intégration régionale
En parallèle des enjeux sécuritaires, le sommet a mis l’accent sur la relance économique des deux blocs régionaux. La SADC, qui représente 16 pays, a souligné les retards persistants dans la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont les objectifs peinent à se concrétiser. « Nous devons accélérer les réformes pour faciliter les échanges intra-africains, qui ne représentent que 15 % du commerce du continent, contre 60 % en Europe », a estimé le président zambien Hakainde Hichilema, président en exercice de la SADC.
La CEDEAO, de son côté, a présenté un plan ambitieux pour harmoniser les politiques monétaires et réduire les barrières non tarifaires. L’introduction de la monnaie unique régionale, prévue initialement pour 2027, reste un sujet controversé, mais plusieurs experts estiment que ce sommet pourrait relancer le projet. « L’intégration économique est un levier essentiel pour réduire la pauvreté et créer des emplois, surtout pour les jeunes », a rappelé la directrice générale de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, présente en tant qu’observatrice.
Les deux organisations ont également discuté de la possibilité de créer un fonds commun d’investissement pour financer des infrastructures transfrontalières, comme les corridors routiers ou les réseaux électriques. Ce projet, s’il aboutit, pourrait attirer des investisseurs privés et réduire la dépendance aux financements externes, souvent assortis de conditions strictes.
Vers une Afrique plus unie ?
Le sommet de Niamey marque une étape importante dans la construction d’une Afrique plus unie et souveraine. Alors que les défis restent immenses – du terrorisme au changement climatique, en passant par les dettes souveraines –, cette collaboration entre la CEDEAO et la SADC envoie un signal fort aux partenaires internationaux. Cependant, des obstacles subsistent, notamment les rivalités entre États membres et les divergences sur les stratégies de développement.
Pour l’Afrique, l’heure est à l’action. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si les engagements pris à Niamey se traduiront par des résultats concrets. Une chose est sûre : dans un monde de plus en plus multipolaire, l’Afrique ne peut plus se permettre de rester fragmentée.