Le Ghana et la Côte d’Ivoire, deux géants économiques de l’Afrique de l’Ouest, viennent de conclure un accord historique pour renforcer leur coopération dans le secteur énergétique, un domaine stratégique pour leur développement respectif. Signé ce 28 juin 2026 à Accra, en marge du Forum africain sur les énergies renouvelables, cet accord vise à accélérer la transition énergétique des deux pays tout en sécurisant leur approvisionnement électrique face aux défis climatiques croissants. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’Afrique cherche à exploiter son potentiel énergétique pour devenir un acteur clé de la production mondiale d’électricité verte.
Un partenariat ambitieux pour l’énergie verte
L’accord signé entre le Ghana et la Côte d’Ivoire porte sur plusieurs axes majeurs, à commencer par la création d’un marché commun de l’électricité. Les deux pays s’engagent à interconnecter davantage leurs réseaux électriques pour faciliter les échanges transfrontaliers d’énergie, une première en Afrique de l’Ouest. « Cette interconnexion permettra non seulement de réduire les coûts de production, mais aussi de renforcer la résilience des deux systèmes face aux fluctuations de la demande », explique Kwame Karikari, ministre ghanéen de l’Énergie.
Autre volet clé de cet accord : le développement conjoint de projets d’énergies renouvelables. Le Ghana, qui mise déjà sur l’hydroélectricité et le solaire, et la Côte d’Ivoire, leader en biomasse et en énergie hydraulique, prévoient de lancer des centrales solaires et éoliennes en commun, notamment dans des zones frontalières comme le nord du Ghana et l’ouest de la Côte d’Ivoire. « Nous avons identifié des sites où les conditions climatiques sont favorables à la production d’énergie solaire, avec un ensoleillement annuel supérieur à 3 000 heures », précise Adama Toungara, ministre ivoirien de l’Industrie et des Mines.
Sécurité énergétique et souveraineté face aux défis climatiques
Cet accord intervient à un moment où les deux pays font face à des défis majeurs en matière de sécurité énergétique. Le Ghana, dont le réseau électrique est souvent mis à rude épreuve lors des saisons sèches, cherche à diversifier ses sources d’énergie pour éviter les pénuries. En 2025, le pays a enregistré des pannes prolongées liées à la baisse des niveaux du barrage d’Akosombo, principal fournisseur d’hydroélectricité. De son côté, la Côte d’Ivoire, malgré ses importantes ressources hydrauliques, doit faire face à l’ensablement croissant de ses barrages et à la pression démographique qui augmente la demande en électricité.
L’accord prévoit également des mécanismes de mutualisation des ressources pour faire face aux risques climatiques. Les deux pays prévoient de créer un fonds commun dédié à la modernisation des infrastructures énergétiques et à l’adaptation aux changements climatiques. « Les pays africains doivent unir leurs forces pour ne pas dépendre des importations d’énergies fossiles, dont les prix sont de plus en plus volatils », souligne Karikari. Selon la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique pourrait perdre jusqu’à 3 % de son PIB annuel d’ici 2030 en raison des impacts du changement climatique, d’où l’urgence d’investir dans des énergies durables.
Les experts saluent cette initiative, qui pourrait servir de modèle pour d’autres pays du continent. « C’est une approche gagnant-gagnant qui montre que l’Afrique peut progresser en coopérant plutôt qu’en se faisant concurrence », analyse Fatima Denton, directrice du Centre africain pour les politiques climatiques. Cependant, les défis logistiques et financiers restent immenses. Les deux pays devront mobiliser des investissements estimés à plusieurs milliards de dollars pour concrétiser ces projets. La Banque mondiale a déjà exprimé son intérêt pour financer une partie de ces infrastructures, mais des questions persistent sur la gouvernance et la transparence des fonds.
Quoi qu’il en soit, cet accord marque une étape importante dans la quête d’une autonomie énergétique pour l’Afrique de l’Ouest. En misant sur la coopération régionale et les énergies renouvelables, le Ghana et la Côte d’Ivoire envoient un message fort : l’avenir énergétique du continent passe par la solidarité et l’innovation. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de ce partenariat, mais une chose est sûre : l’Afrique est en marche vers une révolution verte.