L’Afrique subsaharienne franchit une nouvelle étape dans sa transition numérique avec le lancement officiel, ce 26 juin 2026, de la première phase du projet AfriNet 2030. Porté par la Banque africaine de développement (BAD) en partenariat avec 15 pays membres, ce plan ambitieux vise à connecter 90 % de la population africaine à internet d’ici 2030, contre 46 % actuellement. Lors d’une conférence de presse tenue à Nairobi, le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a salué un « tournant historique » pour le continent, soulignant que « l’accès au numérique est désormais une question de survie économique et de souveraineté technologique ».
Des infrastructures financées à hauteur de 50 milliards de dollars
Le projet AfriNet 2030 s’appuie sur un financement mixte public-privé de 50 milliards de dollars, dont 30 milliards issus du secteur privé. Les fonds seront principalement alloués à la construction de câbles sous-marins et de réseaux terrestres haut débit, notamment en Afrique de l’Est et de l’Ouest, où les lacunes sont les plus criantes. Le Nigeria, le Kenya et l’Éthiopie bénéficieront des investissements les plus importants, avec des partenariats signés avec des géants comme Huawei et Orange. Selon le ministre nigérian des Communications, « ces infrastructures réduiront de moitié le coût de l’accès à internet dans les zones rurales, où le taux de pénétration reste inférieur à 20 % ».
Un défi logistique et politique
Malgré l’enthousiasme affiché, AfriNet 2030 devra surmonter plusieurs obstacles. D’abord, la question des droits de douane sur les équipements importés, jugés prohibitifs par les opérateurs télécoms. En RDC, par exemple, des retards dans la livraison de matériel ont déjà ralenti le déploiement de stations 5G. Ensuite, la coordination entre les États membres reste fragile : seuls 8 des 15 pays signataires ont ratifié les accords-cadres, laissant planer des incertitudes sur la pérennité du projet. Enfin, la cybersécurité se pose en enjeu majeur, avec des cyberattaques en hausse de 40 % en 2025, selon le rapport de l’Union africaine. « Sans sécurité numérique, l’Afrique risque de devenir un terrain de jeu pour les groupes criminels et les États étrangers », avertit la directrice de l’Agence panafricaine de cybersécurité.
Les premiers résultats concrets sont attendus d’ici 2028, avec l’objectif de connecter 50 % de la population d’ici là. Pour les observateurs, AfriNet 2030 pourrait bien incarner le « saut technologique » dont l’Afrique a besoin pour diversifier son économie et réduire sa dépendance aux matières premières. Reste à savoir si les promesses de transparence et d’inclusion numérique seront tenues, alors que le continent fait face à une crise de confiance envers les institutions multilatérales. Une chose est sûre : l’enjeu dépasse désormais le cadre purement technique pour toucher à la géopolitique et à l’avenir même des sociétés africaines.