L’Afrique subsaharienne franchit une étape historique avec la signature, ce 24 juin 2026 à Addis-Abeba, d’un accord continental inédit visant à créer une zone de libre-échange numérique. Cet engagement, porté par l’Union africaine (UA) et 47 des 55 États membres, marque une volonté sans précédent de réduire les fractures technologiques et d’accélérer l’intégration économique du continent.
Un marché numérique unifié pour dynamiser les économies
Selon les termes de l’accord, les pays signataires s’engagent à éliminer 90 % des droits de douane sur les services numériques d’ici 2030, tout en harmonisant les réglementations sur la cybersécurité et la protection des données. Cette initiative, baptisée « AfriNet », vise à créer un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs, estimé à plus de 1 500 milliards de dollars d’ici 2035. « Cet accord est une révolution pour l’Afrique, comparable à la création de la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) en 2021, mais axé sur le numérique », explique Dr. Amina Ndiaye, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les secteurs de la fintech, de l’e-commerce et des télécommunications devraient être les premiers bénéficiaires, avec une croissance projetée de 25 % par an dans ces domaines.
Les défis restent nonetheless significatifs. Seulement 40 % de la population africaine a accès à internet, et les infrastructures numériques restent inégales entre les régions. L’accord prévoit un fonds de solidarité de 5 milliards de dollars, alimenté par les contributions des États les plus avancés (Nigeria, Afrique du Sud, Égypte) et des partenaires internationaux, pour financer des projets d’infrastructure dans les pays les moins connectés. « L’Afrique ne peut pas se permettre de laisser 60 % de sa population en marge de l’économie numérique », souligne le Dr. Ndiaye.
Des réactions contrastées entre optimisme et scepticisme
Si les États signataires saluent un « moment historique », certains observateurs pointent du doigt les lenteurs bureaucratiques et les résistances nationales. Au Nigeria, premier marché numérique du continent, le secteur privé exprime des craintes quant à la concurrence des géants étrangers. « Les start-up nigérianes, déjà en difficulté face aux plateformes internationales, pourraient être écrasées par une ouverture trop brutale du marché », confie un entrepreneur en fintech basé à Lagos. À l’inverse, le Rwanda mise sur cette initiative pour positionner Kigali comme hub technologique africain, avec l’ambition d’attirer 500 entreprises numériques d’ici 2028.
Les organisations de la société civile, quant à elles, soulignent l’absence de mécanismes contraignants pour garantir l’inclusion des femmes et des jeunes, souvent marginalisés dans l’économie numérique. « Sans des politiques spécifiques, l’accord risque de creuser les inégalités existantes », avertit Fatima Diallo, coordinatrice de l’ONG « Femmes et Numérique » à Bamako. Les signataires se sont cependant engagés à inclure des clauses sociales dans les prochains protocoles, sous la pression des partenaires européens et américains.
Alors que l’Afrique s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire économique, l’accord AfriNet représente à la fois une opportunité sans précédent et un test de sa capacité à surmonter ses divisions. Si son succès dépendra de la mise en œuvre rapide des réformes et d’une collaboration étroite entre États, publics et privés, il pourrait bien redéfinir le visage du continent à l’ère du numérique. Une chose est sûre : l’Afrique ne compte pas rester spectatrice de la révolution technologique mondiale.