Afrique de l’Ouest : Vers une intégration renforcée malgré les défis sécuritaires
Le 22 juin 2026, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont réunis en sommet extraordinaire à Abuja, au Nigeria, pour évaluer les progrès réalisés en matière de libre circulation, de monnaie unique et de lutte contre l’extrémisme violent. Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par une recrudescence d’attaques terroristes dans le Sahel et des tensions persistantes entre certains États membres. Selon des sources diplomatiques, l’accent a été mis sur la nécessité de concilier souveraineté nationale et coopération régionale, alors que le bloc peine à trouver une réponse unifiée face aux crises sécuritaires.
Libre circulation et monnaie unique : des avancées timides
Lors du sommet, la CEDEAO a réaffirmé son engagement à concrétiser l’espace Schengen africain d’ici 2028, avec l’adoption d’un passeport biométrique commun pour les citoyens de la région. Cependant, des désaccords persistent entre les pays côtiers, favorables à une ouverture accélérée, et les nations du Sahel, qui exigent des garanties en matière de sécurité avant toute levée des contrôles. « La libre circulation ne peut être effective sans une stabilité durable », a déclaré le président nigérian Bola Tinubu, hôte de la réunion.
Le projet de monnaie unique, initialement prévu pour 2027, a de nouveau été reporté. Les économistes soulignent que l’hétérogénéité des politiques monétaires et la dépendance aux devises étrangères (dollar, euro) freinent l’intégration financière. Le Ghana et le Nigeria, principaux moteurs économiques de la région, continuent de promouvoir l’adoption d’un écu ouest-africain, mais le Sénégal et la Côte d’Ivoire restent sceptiques face aux risques inflationnistes. Une étude de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) estime que la transition coûterait près de 10 milliards de dollars sur cinq ans, un montant que plusieurs États peinent à mobiliser.
Sécurité et gouvernance : la CEDEAO sous pression
Le sommet a également été l’occasion de discuter de la crise malienne, où la junte au pouvoir a prolongé son mandat présidentiel jusqu’en 2029, en violation des accords de transition. La CEDEAO a maintenu ses sanctions économiques contre Bamako, mais sans succès tangible. En contrepartie, la junte a renforcé ses liens avec la Russie, notamment via le groupe Wagner, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’influence croissante de Moscou dans la région. « La CEDEAO doit revoir sa stratégie de médiation pour éviter une fragmentation totale », a analysé un analyste basé à Dakar.
Par ailleurs, la recrudescence des attaques de Boko Haram dans le nord du Nigeria et du Cameroun a rappelé l’urgence d’une coopération militaire accrue. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont boycotté la réunion, accusant la CEDEAO de partialité. Cette absence illustre les tensions croissantes entre les pays du Golfe de Guinée et ceux du Sahel, désormais alignés sur des positions géopolitiques divergentes.
Conclusion : un équilibre difficile entre ambitions et réalités
Malgré les défis, la CEDEAO reste un acteur clé de l’intégration africaine, avec un PIB combiné de près de 700 milliards de dollars. Cependant, les divisions internes et la menace terroriste menacent sa crédibilité. Les observateurs s’accordent sur un point : sans une harmonisation des politiques sécuritaires et économiques, le bloc risque de perdre du terrain face à des organisations rivales comme l’Union africaine ou les BRICS. La prochaine étape sera le sommet des chefs d’État en décembre 2026, où la question de la monnaie unique et de la réforme institutionnelle sera probablement relancée. En attendant, l’Afrique de l’Ouest continue de naviguer entre espoir d’unité et réalités géopolitiques.