Le 21 juillet 2026 marque une date charnière pour le continent africain avec l’annonce officielle de la création d’une zone de libre-échange continentale élargie, intégrant désormais six nouveaux pays. Cette avancée, saluée par les observateurs économiques, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre progressive de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf), entré en vigueur en 2021. Selon les dernières données de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), cette expansion port sur des économies dynamiques comme le Sénégal, le Rwanda, le Botswana, le Malawi, le Togo et la Gambie, portant à 47 le nombre de pays membres du dispositif. Une étape supplémentaire vers une intégration économique africaine plus poussée, mais qui soulève également des défis structurels persistants.
Une intégration économique en marche, mais confrontée à des freins persistants
L’adhésion de ces six nouveaux États à la ZLECAf représente un signal fort de l’engagement africain envers une intégration économique autonome. Le Rwanda, par exemple, a déjà démontré son potentiel avec une croissance du commerce intra-africain de 15 % en 2025, selon la Banque africaine de développement (BAD). Le Botswana, quant à lui, mise sur ses ressources minières pour dynamiser les échanges avec ses voisins, tandis que le Sénégal, grâce à son secteur agricole et industriel en expansion, pourrait devenir un hub logistique majeur pour l’Afrique de l’Ouest.
Cependant, malgré ces avancées, des obstacles majeurs subsistent. Les infrastructures de transport, souvent défaillantes, continuent de freiner la fluidité des échanges. La CEA estime que les coûts logistiques en Afrique représentent en moyenne 30 % de la valeur des marchandises, contre 8 % en Europe. De plus, les barrières non tarifaires – normes sanitaires, réglementations douanières complexes – persistent dans plusieurs États, limitant l’impact réel de la ZLECAf. Les économistes soulignent également le défi de l’harmonisation des politiques industrielles, indispensable pour éviter une concurrence déloyale entre les pays membres.
Un contexte géopolitique et sécuritaire qui complique la donne
L’élargissement de la ZLECAf intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu sur le continent. Les conflits armés, comme ceux qui persistent au Sahel ou en RDC, perturbent les chaînes d’approvisionnement et découragent les investissements étrangers. La CEA rappelle que 12 % des routes commerciales africaines sont actuellement affectées par des instabilités sécuritaires, un chiffre qui pourrait s’aggraver avec les tensions récurrentes en Libye et au Soudan. Par ailleurs, la montée des nationalismes économiques, notamment en Afrique du Sud et au Nigeria, risque de ralentir les négociations sur l’harmonisation des tarifs douaniers.
Les experts s’interrogent également sur l’impact de la crise énergétique qui frappe plusieurs pays africains. Le Malawi et le Botswana, par exemple, dépendent encore à plus de 50 % des importations de carburants, ce qui rend leurs économies vulnérables aux fluctuations des prix internationaux. Face à ces défis, la Banque africaine de développement (BAD) a appelé à un renforcement des partenariats public-privé pour financer les infrastructures, tout en plaidant pour une meilleure coordination entre les États membres de la ZLECAf.
Si l’élargissement de la ZLECAf constitue une avancée symbolique majeure, son succès à long terme dépendra de la capacité des États africains à surmonter leurs divisions et à investir massivement dans les infrastructures et la formation. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’effectivité de cette intégration, dans un contexte où l’Afrique cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des anciennes puissances coloniales et à affirmer sa souveraineté économique. Une chose est sûre : la route vers une Afrique unie économiquement sera semée d’embûches, mais les bénéfices potentiels – création d’emplois, réduction de la pauvreté, émergence d’un marché continental de 1,4 milliard de consommateurs – en valent largement l’effort.