Le Mali, à l’instar de plusieurs pays de la région sahélienne, traverse une crise sécuritaire et politique persistante qui s’aggrave avec l’expiration du mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à la fin de l’année 2023. Dans ce contexte, les autorités de transition maliennes ont récemment annoncé un nouveau calendrier électoral, repoussant les élections à février 2026. Cette décision, bien que critiquée par la communauté internationale, reflète les défis majeurs auxquels le pays est confronté, notamment la lutte contre les groupes armés djihadistes et la consolidation des institutions démocratiques.
Un calendrier électoral sous haute tension
Le gouvernement malien, dirigé par la junte militaire au pouvoir depuis 2020, a confirmé le report des élections générales initialement prévues en février 2024. Selon les autorités, cette mesure vise à permettre la tenue d’un scrutin « libre, transparent et inclusif », tout en garantissant la sécurité des électeurs dans un contexte d’insécurité croissante. Cependant, cette décision a suscité des inquiétudes parmi les partenaires internationaux du Mali, notamment la France et les États-Unis, qui ont exprimé leur préoccupation quant à la lenteur du processus de transition démocratique.
Les organisations de la société civile malienne, quant à elles, dénoncent un manque de consultations avec les acteurs politiques et la population. « Le report des élections est une décision unilatérale qui ne tient pas compte des réalités du terrain », a déclaré un représentant d’une ONG locale sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique intensifient leurs attaques dans le centre et le nord du pays, rendant toute organisation de scrutin extrêmement périlleuse.
La lutte contre le terrorisme : un défi toujours plus complexe
Depuis 2012, le Mali est en proie à une insécurité chronique liée à l’expansion des groupes djihadistes. Malgré le soutien des forces françaises de l’opération Barkhane jusqu’en 2022, puis des missions de la force conjointe du G5 Sahel, les terroristes ont étendu leur emprise, notamment dans les régions de Mopti, Tombouctou et Gao. Les attaques répétées contre les civils et les forces de sécurité ont provoqué une crise humanitaire sans précédent, avec plus de 10 000 morts et près de 2 millions de déplacés depuis 2012, selon les estimations de l’ONU.
Dans ce contexte, la junte malienne a adopté une stratégie de « défense nationale » axée sur le renforcement des capacités des forces armées locales et la recherche de partenariats alternatifs, notamment avec la Russie, via le groupe Wagner. Cependant, cette approche controversée suscite des interrogations quant à son efficacité et à ses implications en termes de droits humains. Les rapports de l’ONU et d’ONG comme Human Rights Watch pointent en effet des exactions commises par les forces maliennes et leurs alliés, alimentant les tensions avec les communautés locales.
Les relations internationales du Mali : entre rupture et réalignement
Le Mali a rompu ses liens avec la France en 2022, accusant Paris de « néocolonialisme » et de soutien aux groupes terroristes. Cette décision a marqué un tournant dans la politique étrangère malienne, avec un rapprochement marqué vers des partenaires comme la Russie, l’Iran et la Turquie. Le président de transition, Assimi Goïta, a multiplié les visites diplomatiques à Moscou et Téhéran, tandis que des experts militaires russes sont désormais présents sur le sol malien.
Cette réorientation géopolitique s’accompagne d’une critique accrue de l’ONU et de la CEDEAO, perçues comme des acteurs hostiles à la junte. En réponse, le Mali a quitté le groupe régional en 2023, tout en renforçant ses liens avec d’autres États africains, comme le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des juntes militaires. Cette alliance, connue sous le nom d' »axe de la résistance », pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest dans les années à venir.
Alors que le Mali s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire, les défis restent immenses. Entre la menace terroriste qui pèse sur sa stabilité, les tensions politiques internes et les pressions internationales, le pays doit trouver un équilibre délicat pour assurer sa sécurité et sa transition démocratique. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le nouveau calendrier électoral permettra de rétablir la confiance entre les autorités et la population, ou si le Mali sombrera davantage dans l’instabilité. Une chose est sûre : la communauté internationale, comme les Maliens eux-mêmes, n’aura d’autre choix que de suivre de près l’évolution de cette crise aux multiples facettes.