L’Afrique centrale franchit une étape décisive dans sa transition énergétique avec l’inauguration, ce 18 juin 2026, du plus grand parc solaire du continent à Moamba, au Mozambique. D’une capacité de 1 200 mégawatts (MW), cette infrastructure révolutionnaire marque un tournant pour un pays dont 70 % de la population n’avait jusqu’ici pas accès à l’électricité. Porté par un consortium international et le gouvernement mozambicain, ce projet s’inscrit dans une dynamique régionale visant à réduire la dépendance aux énergies fossiles et à accélérer l’électrification des zones rurales.
Un projet phare pour l’autonomie énergétique du Mozambique
Le parc solaire de Moamba, développé par le groupe portugais EDP Renewables en partenariat avec la société sud-africaine Scatec et la Banque africaine de développement (BAD), représente un investissement de 1,8 milliard de dollars. Avec ses 2 millions de panneaux photovoltaïques étendus sur 2 500 hectares, il devra alimenter en électricité près de 3 millions de foyers dès sa pleine capacité, prévue pour 2027. « Ce projet n’est pas seulement une avancée technologique, c’est une réponse concrète à l’urgence sociale », déclare Carlos Yumbe, ministre mozambicain de l’Énergie, lors de la cérémonie d’inauguration.
Le Mozambique, riche en ressources naturelles mais vulnérable aux crises climatiques, mise sur les énergies renouvelables pour diversifier son mix énergétique. Selon la Banque mondiale, le pays dispose d’un potentiel solaire estimé à 23 000 MW, exploitable grâce à son ensoleillement quasi constant. Le parc de Moamba illustre ainsi la volonté des autorités de transformer cette ressource en levier de développement économique et de résilience face aux sécheresses récurrentes qui menacent l’agriculture.
Un modèle reproductible pour l’Afrique ?
Au-delà de ses retombées locales, le projet de Moamba suscite l’intérêt de nombreux pays africains confrontés à des défis similaires. Le Nigeria, où seulement 60 % de la population a accès à l’électricité, a déjà manifesté son intention de s’inspirer de ce modèle pour son propre parc solaire de Jigawa (1 000 MW). « L’Afrique doit capitaliser sur ses atouts naturels pour réduire sa facture énergétique et créer des emplois locaux », souligne Vera Songwe, économiste et ancienne secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
Cependant, des obstacles persistent. Les analystes pointent du doigt les coûts élevés des infrastructures, les risques de corruption dans les grands projets, et la nécessité de former une main-d’œuvre qualifiée. Pour contourner ces écueils, le consortium a mis en place un programme de formation de 5 000 techniciens mozambicains, en collaboration avec l’Université Eduardo Mondlane. « Sans transfert de compétences, les projets solaires restent des enclaves sans impact durable », explique Maria de Lurdes Mutola, experte en énergie à l’African Energy Chamber.
Le financement de tels mégaprojets soulève également des questions sur la dette publique. Le Mozambique, déjà endetté à hauteur de 110 % de son PIB en 2025, a bénéficié de prêts concessionnels de la BAD et de la Banque européenne d’investissement (BEI). Une stratégie risquée, selon certains économistes, qui craignent un effet « dette-piège » à long terme. « L’Afrique a besoin d’investissements, mais pas au prix de sa souveraineté », met en garde Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC.
Alors que l’Afrique subsaharienne représente à peine 1 % des capacités solaires mondiales, le parc de Moamba envoie un signal fort : le continent peut devenir un acteur clé de la transition verte mondiale. Pourtant, pour que cette ambition se concrétise, les États devront concilier innovation, transparence et inclusion sociale. Dans un contexte marqué par les pressions climatiques et les crises énergétiques, les prochains mois seront déterminants pour évaluer si ce projet mozambicain peut servir de catalyseur à une révolution verte africaine.