Le 17 mai 2026, l’Afrique subsaharienne a été le théâtre d’un événement majeur avec l’annonce par plusieurs chefs d’État de la création d’une zone économique commune entre le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Éthiopie. Cette initiative, baptisée « Alliance des Lions Africains », vise à renforcer les échanges commerciaux intracontinentaux et à réduire la dépendance aux partenariats traditionnels avec l’Europe et l’Asie. Les détails de cet accord, encore en cours de négociation, suscitent à la fois l’enthousiasme des économistes et les interrogations des observateurs sur sa faisabilité à long terme.
Une alliance économique aux ambitions continentales
Selon les déclarations officielles faites lors du sommet de l’Union Africaine tenu à Addis-Abeba en avril 2026, cette alliance repose sur trois piliers : la libéralisation des échanges, l’harmonisation des normes douanières et la mutualisation des infrastructures logistiques. Les quatre pays, qui représentent à eux seuls près de 40 % du PIB africain, ambitionnent de créer un marché intégré de plus de 350 millions de consommateurs. « Nous ne pouvons plus nous permettre de dépendre des fluctuations des prix des matières premières ou des décisions prises ailleurs », a déclaré le président nigérian, Bola Tinubu, lors d’une conférence de presse.
Les secteurs clés ciblés par cette alliance incluent l’agroalimentaire, les technologies vertes et les industries pharmaceutiques. Un fonds commun de 5 milliards de dollars a été annoncé pour financer des projets d’infrastructures, notamment des corridors routiers et ferroviaires reliant Lagos à Johannesburg en passant par Nairobi. Cependant, des experts comme l’économiste kényane Wangari Maathai soulignent les défis majeurs : « Les barrières non tarifaires, telles que les réglementations disparates, restent un obstacle persistant. Sans une volonté politique forte, cette initiative pourrait s’essouffler comme d’autres avant elle. »
Réactions et défis à surmonter
Si l’annonce a été saluée par la Banque Africaine de Développement (BAD), qui y voit un « pas décisif vers la réalisation de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) », plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest ont exprimé des réserves. Le Cameroun, par exemple, a rappelé que les accords commerciaux régionaux doivent respecter les principes de réciprocité et ne pas marginaliser d’autres États. « L’inclusion est essentielle. Une alliance à quatre ne doit pas devenir une nouvelle forme de domination », a commenté le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
Par ailleurs, les tensions géopolitiques en Afrique de l’Est, notamment les conflits persistants en Éthiopie et les tensions entre le Kenya et la Somalie, pourraient compliquer la mise en œuvre des projets. Les investisseurs étrangers, bien que cautiously optimistes, attendent des garanties juridiques et une stabilité politique durable. « Les marchés ont besoin de prévisibilité. Sans cela, même les meilleures intentions économiques peuvent échouer », a analysé un rapport de l’agence Bloomberg publié le 16 mai 2026.
Alors que l’Afrique cherche à affirmer sa place dans l’économie mondiale, l’Alliance des Lions Africains représente à la fois une opportunité historique et un pari risqué. Son succès dépendra non seulement de la capacité des dirigeants à surmonter leurs divergences, mais aussi de leur capacité à convaincre les citoyens que cette intégration économique se traduira par des emplois et une prospérité partagée. Dans un contexte où les inégalités persistent et où les ressources naturelles sont souvent exploitées sans bénéfices locaux, cette initiative devra prouver qu’elle est différente des échecs du passé. Une chose est sûre : l’Afrique ne peut plus se permettre de regarder passer le train de la croissance sans y monter elle-même.