Afrique de l’Est : une crise humanitaire sans précédent menace la Corne de l’Afrique
Alors que la Corne de l’Afrique entre dans sa sixième année consécutive de sécheresse exceptionnelle, une crise humanitaire aux proportions alarmantes s’installe, aggravée par des conflits persistants et une insécurité alimentaire endémique. Selon les dernières données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 35 millions de personnes dans la région, dont une majorité de femmes et d’enfants, sont désormais en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Les prévisions pour les mois à venir sont encore plus sombres, avec un risque de famine généralisée dans plusieurs zones, notamment en Somalie, au Soudan du Sud et dans certaines régions d’Éthiopie. Face à l’urgence, les acteurs locaux et internationaux appellent à une mobilisation immédiate pour éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur.
Une sécheresse historique aggravée par des facteurs structurels
Les experts s’accordent à dire que cette crise est la pire depuis plus de quatre décennies. Les pluies, autrefois régulières dans la région, se font de plus en plus rares et irrégulières en raison du changement climatique. Les études de la Banque mondiale soulignent que les températures moyennes dans la Corne de l’Afrique ont augmenté de près de 1,5°C depuis 1960, accélérant la désertification et réduisant les capacités de résilience des populations rurales. En Somalie, par exemple, les récoltes de sorgho et de maïs ont chuté de 60 % en 2025, forçant des millions de familles à abandonner leurs terres. Les systèmes d’irrigation traditionnels, autrefois efficaces, ne suffisent plus à compenser l’aridité croissante des sols.
Parallèlement, les conflits armés, notamment au Soudan et dans certaines zones de l’Éthiopie, ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et limité l’accès des humanitaires aux populations les plus vulnérables. Les routes commerciales clés, comme celle reliant le port de Djibouti à l’intérieur des terres, sont régulièrement bloquées par des milices ou des bandes criminelles, rendant le transport de denrées de base encore plus difficile. Selon un rapport récent de l’Union africaine, près de 20 % des centres de santé dans les zones touchées par la sécheresse sont soit fermés, soit non fonctionnels en raison de l’absence de personnel ou de médicaments.
Une réponse internationale insuffisante face à l’urgence
Malgré les appels répétés des organisations humanitaires, les fonds alloués pour répondre à cette crise restent largement insuffisants. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé en avril 2026 un plan d’urgence d’un montant de 1,2 milliard de dollars pour venir en aide aux populations affectées, mais seulement 30 % de cette somme a été collectée à ce jour. Les retards dans le déblocage des fonds aggravent la situation, notamment dans les camps de déplacés où les rations alimentaires ont été réduites de moitié dans certains cas. En Éthiopie, les autorités régionales du Tigré, encore sous l’emprise d’un conflit latent, ont dénoncé un manque criant de coordination entre les donateurs internationaux et les acteurs locaux.
Les initiatives régionales, comme le Forum régional de la Corne de l’Afrique, peinent à obtenir un consensus sur les solutions à apporter. Certains pays, comme le Kenya, ont mis en place des programmes de transfert monétaire pour les familles les plus pauvres, mais ces mesures restent ponctuelles et ne couvrent qu’une infime partie des besoins. Les organisations de la société civile, à l’instar de Save the Children ou de Médecins Sans Frontières, multiplient les alertes, soulignant que sans une action immédiate et coordonnée, des milliers de vies seront perdues d’ici la fin de l’année.
Face à cette situation, la communauté internationale se trouve à un carrefour décisif. Les promesses faites lors du Sommet humanitaire de Paris en 2025 n’ont pas été suivies d’effets concrets, et les mécanismes de financement innovants, comme les obligations à impact humanitaire, restent sous-exploités. Alors que la saison des pluies approche – si tant est qu’elle survienne – les experts craignent que le pire soit encore à venir. Sans une mobilisation sans précédent, la Corne de l’Afrique pourrait basculer dans une crise dont les conséquences se feront sentir bien au-delà de ses frontières, avec des répercussions sur la stabilité politique et économique du continent.