Le 8 juillet 2026 marque un tournant dans l’histoire économique de l’Afrique de l’Ouest, alors que les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se réunissent en sommet extraordinaire à Abuja, au Nigeria. Cette rencontre, initialement prévue pour discuter des défis sécuritaires persistants dans la région, a été rapidement dominée par une question cruciale : l’impact du nouveau partenariat commercial sino-africain, annoncé en juin 2026, sur les économies locales. Les analystes s’interrogent sur les opportunités et les risques que ce partenariat, baptisé « Initiative Route de la Soie Verte », pourrait engendrer pour les pays membres.
Un partenariat ambitieux mais controversé
Lancée lors du Forum sino-africain de Shanghai, l’Initiative Route de la Soie Verte vise à accélérer les investissements chinois dans les secteurs des énergies renouvelables, des infrastructures et de l’agro-industrie en Afrique. Selon les chiffres officiels, Pékin s’engage à injecter 200 milliards de dollars sur cinq ans, dont 60 % dédiés à des projets d’énergie solaire et éolienne. Cependant, cette manne financière suscite des craintes au sein de la CEDEAO. « Nous saluons les investissements étrangers, mais nous exigeons des garanties sur la souveraineté de nos ressources et la création d’emplois locaux », a déclaré le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, lors d’une conférence de presse en marge du sommet.
Les détracteurs du partenariat pointent notamment le risque d’un endettement accru, comme ce fut le cas avec les prêts chinois du passé. Une étude récente de la Banque africaine de développement (BAD) révèle que la dette publique moyenne des pays de la CEDEAO a bondi de 15 points de PIB entre 2020 et 2025, en partie à cause de financements chinois à taux variable. « Nous ne voulons pas répéter les erreurs du passé, où certains pays ont dû céder des actifs stratégiques pour rembourser leurs dettes », a ajouté la présidente ghanéenne, Nana Akufo-Addo.
La CEDEAO face à un dilemme stratégique
Face à ce partenariat, la CEDEAO tente de trouver un équilibre entre attirer les capitaux chinois et protéger ses intérêts. Lors du sommet, les dirigeants ont adopté une feuille de route en trois axes : négocier des clauses de transfert technologique, exiger des quotas d’emplois locaux dans les projets financés par Pékin, et créer un fonds régional de garantie pour mutualiser les risques. « Notre région doit se positionner comme un partenaire égal, et non comme un débiteur dépendant », a souligné le président nigérian Bola Tinubu.
Cependant, certains pays, comme la Côte d’Ivoire et le Nigeria, voient dans cette initiative une opportunité de relancer leur industrialisation. Le ministre ivoirien de l’Économie, Adama Koné, a ainsi annoncé un accord préliminaire pour la construction d’une usine de panneaux solaires, financée à 70 % par un prêt chinois. « Le solaire est un secteur clé pour notre transition énergétique. Nous misons sur des partenariats gagnant-gagnant », a-t-il expliqué.
Alors que le sommet s’achève sans accord définitif, les observateurs soulignent l’urgence pour l’Afrique de l’Ouest de renforcer sa position dans les négociations. « La Chine n’est pas le seul partenaire possible. L’Europe et les États-Unis proposent également des alternatives, mais avec des exigences différentes », rappelle l’économiste sénégalais Felwine Sarr. Dans ce contexte, la CEDEAO doit agir rapidement pour éviter de se retrouver dans une position de faiblesse face à Pékin. Une chose est sûre : l’avenir économique de la région se jouera autant sur le terrain diplomatique que sur celui des investissements.