L’Afrique subsaharienne traverse une période charnière avec l’approfondissement des réformes économiques et sécuritaires engagées depuis le début de la décennie. Alors que le continent affiche un taux de croissance moyen de 4,1 % en 2025, selon les dernières projections de la Banque africaine de développement (BAD), les défis structurels persistent. Entre la transition énergétique accélérée, la montée des coups d’État et l’afflux d’investissements chinois, le continent se positionne comme un acteur géoéconomique incontournable, mais aussi comme un terrain de tensions persistantes. Ce mercredi 6 mai 2026, les regards se tournent vers les capitales africaines, où les dirigeants tentent de concilier ambition développementale et stabilité politique.
Une croissance en demi-teinte malgré les réformes économiques
Les réformes structurelles mises en œuvre par plusieurs pays africains montrent des signes d’essoufflement, en dépit des annonces officielles. Le Nigeria, première économie du continent, peine à relancer sa production pétrolière, plombée par les vols à grande échelle et l’insécurité dans le delta du Niger. Selon un rapport de l’agence de notation Fitch Ratings publié en mars 2026, la croissance nigériane devrait atteindre 3,2 % en 2026, un chiffre bien en deçà des 5 % espérés par Abuja. Parallèlement, l’Éthiopie, locomotive de la Corne de l’Afrique, voit son modèle économique mis à mal par la guerre civile dans la région du Tigré et une inflation galopante dépassant les 30 % en début d’année.
Cependant, certains secteurs tirent leur épingle du jeu. Le Rwanda continue d’afficher une croissance robuste de 7,5 % en 2025, portée par le tourisme et les technologies de l’information. Le pays mise sur son statut de hub numérique pour attirer les investissements étrangers, avec un partenariat signé en avril 2026 avec le géant chinois Huawei pour développer un réseau 6G d’ici 2030. Ces succès contrastent avec les difficultés des économies dépendantes des matières premières, dont les cours restent volatils sur les marchés internationaux.
Sécurité et instabilité politique : un frein persistant au développement
La question sécuritaire reste le principal défi pour l’Afrique en 2026. Le Sahel, déjà fragilisé par la présence de groupes jihadistes, voit s’étendre l’influence des milices locales et des acteurs étrangers. Au Mali, le gouvernement de transition, dirigé par le colonel Assimi Goïta, peine à stabiliser le pays malgré le soutien militaire de la Russie via le groupe Wagner. Les attaques contre les forces de l’ONU (MINUSMA) se multiplient, avec un bilan de plus de 200 Casques bleus tués depuis 2022. La situation en Burkina Faso, où le capitaine Ibrahim Traoré a pris le pouvoir en septembre 2025, s’est également dégradée, avec une hausse de 40 % des violences intercommunautaires en 2026.
Face à cette insécurité croissante, l’Union africaine (UA) tente de coordonner une réponse continentale. Lors du sommet extraordinaire de février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État ont adopté un plan de 10 ans pour la création d’une force africaine de maintien de la paix, dotée d’un budget de 5 milliards de dollars. Pourtant, les divisions persistent entre les pays membres, certains privilégiant des alliances régionales comme la CEDEAO, tandis que d’autres, comme la République centrafricaine, se tournent vers des partenariats bilatéraux avec Moscou ou Ankara.
L’influence chinoise en Afrique : opportunité ou dépendance accrue ?
La Chine confirme son rôle de premier partenaire économique du continent, avec un volume d’échanges atteignant 280 milliards de dollars en 2025, selon les données du ministère chinois du Commerce. Les projets pharaoniques se multiplient : au Sénégal, le port de Ndayane, construit par la China Harbour Engineering Company, devrait être opérationnel d’ici 2027, réduisant les délais d’importation pour les pays enclavés de l’Afrique de l’Ouest. En Zambie, les mines de cuivre, vitales pour la transition verte mondiale, sont désormais majoritairement exploitées par des entreprises chinoises, suscitant des inquiétudes quant à la souveraineté économique.
Cependant, les critiques s’intensifient face au poids de la dette chinoise. En 2026, le Kenya et l’Angola figurent parmi les pays les plus endettés envers Pékin, avec des créances représentant respectivement 15 % et 22 % de leur PIB. Des voix s’élèvent pour dénoncer des contrats opaques et des taux d’intérêt prohibitifs. Lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) qui s’est tenu à Dakar en avril 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a appelé à une « révision des modalités de financement », tout en réaffirmant la nécessité de coopérer avec la Chine pour accélérer les infrastructures.
Alors que l’Afrique célèbre en 2026 le soixantième anniversaire de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fondée en 1963, le continent reste à la croisée des chemins. Les progrès enregistrés dans certains secteurs contrastent avec les reculs sécuritaires et les déséquilibres économiques. Dans ce contexte, la capacité des dirigeants africains à renforcer la gouvernance et à diversifier les partenariats internationaux sera déterminante pour transformer cette décennie en une ère de prospérité partagée. Une chose est certaine : l’Afrique, avec ses 1,4 milliard d’habitants et ses ressources stratégiques, ne peut plus être ignorée sur la scène mondiale.