Afrique Économie International

Actualité africaine — 05/06/2026 16:59

Le continent africain s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son intégration économique avec l’entrée en vigueur prévue ce 5 juin 2026 de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et son volet relatif à la libre circulation des personnes. Une avancée majeure qui devrait dynamiser les échanges intra-africains, estimés à seulement 15 % du commerce total du continent, contre 60 % en Europe ou 40 % en Amérique du Nord. Pourtant, malgré les promesses, des défis persistants risquent de freiner cette dynamique, à commencer par les disparités infrastructurelles et les tensions géopolitiques régionales.

Un pas décisif vers l’intégration économique

Adoptée en 2018 sous l’égide de l’Union africaine (UA), la ZLECAf vise à créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs, avec un PIB combiné dépassant les 3 000 milliards de dollars. Depuis son lancement opérationnel en janvier 2021, les progrès ont été inégaux : si 47 des 55 États membres ont ratifié l’accord, seuls 36 ont déposé leurs instruments de ratification, condition sine qua non pour son entrée en vigueur. Parmi les pionniers figurent le Ghana, l’Égypte et le Kenya, dont les infrastructures portuaires et routières sont déjà partiellement interconnectées. « La ZLECAf représente une opportunité historique pour diversifier nos économies et réduire notre dépendance aux marchés extérieurs », déclare Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf.

Le volet concernant la libre circulation des personnes, bien que moins médiatisé, pourrait s’avérer tout aussi transformateur. En abolissant les visas pour les citoyens africains voyageant entre États membres, l’UA espère stimuler les échanges culturels et les investissements transfrontaliers. Le Rwanda, le Sénégal et l’Afrique du Sud ont déjà mis en place des mesures unilatérales pour faciliter les déplacements, mais des obstacles persistent : les coûts élevés des billets d’avion, les systèmes de santé non harmonisés et les barrières administratives locales freinent encore l’adoption massive de ce dispositif.

Des freins structurels et politiques à surmonter

Le principal défi reste l’hétérogénéité des infrastructures sur le continent. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les coûts logistiques en Afrique subsaharienne restent 60 % plus élevés que la moyenne mondiale, en raison de routes défectueuses, de ports saturés et de services ferroviaires quasi inexistants en Afrique centrale. « Sans investissements massifs dans les corridors routiers et portuaires, la ZLECAf restera lettre morte pour des pays comme la République démocratique du Congo ou le Tchad », alerte un rapport de l’ONU publié en mai 2026. Les initiatives privées, comme le projet de corridor Lagos-Abidjan financé par le groupe Bolloré, peinent à combler ces lacunes en raison de la lenteur des procédures douanières et de la corruption endémique.

Sur le plan géopolitique, les tensions entre États membres menacent également la cohésion nécessaire à la réussite de l’accord. La crise diplomatique entre le Maroc et l’Algérie, ainsi que les différends frontaliers persistants en Afrique de l’Est (Éthiopie-Somalie, Soudan-Sud-Soudan), risquent de paralyser les négociations sur les règles d’origine des produits et les mécanismes de règlement des litiges. « La ZLECAf exige un niveau de confiance que certains dirigeants peinent à accorder à leurs voisins », commente un analyste de l’International Crisis Group. Par ailleurs, la guerre en Ukraine et ses répercussions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales ont poussé certains pays, comme l’Égypte, à privilégier leurs partenariats traditionnels avec l’Europe au détriment des échanges intra-africains.

Alors que la ZLECAf entre dans une phase critique, les observateurs s’interrogent sur la capacité des États africains à concilier ambition économique et réalités locales. Si des secteurs comme les technologies de l’information (avec des géants comme le nigérian Andela ou le kényan M-Pesa) bénéficient déjà de l’accord, les industries manufacturières et agricoles, cruciales pour l’emploi, peinent à décoller. Les prochains mois seront déterminants : la première réunion des chefs d’État sous ce nouveau régime, prévue en août 2026 à Niamey, devra trancher sur des questions clés comme la monnaie unique ou les normes sanitaires communes. Une chose est sûre : l’Afrique ne peut plus se permettre d’être le parent pauvre du commerce mondial. Son avenir se joue désormais entre ses propres frontières.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *