Afrique : Le continent face à une crise énergétique persistante malgré les promesses de réformes
Le 4 juillet 2026, l’Afrique subsaharienne reste embourbée dans une crise énergétique sans précédent, malgré les engagements répétés des gouvernements et des partenaires internationaux. Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 600 millions d’Africains – soit près de la moitié de la population du continent – n’ont toujours pas accès à une électricité fiable. Les retards dans la mise en œuvre des réformes structurelles et les obstacles géopolitiques aggravent une situation déjà critique, menaçant la stabilité socio-économique de régions entières.
Un déficit énergétique chronique
La crise s’aggrave dans plusieurs pays clés. Au Nigeria, première économie africaine, les coupures de courant quotidiennes paralysent les activités industrielles, tandis que la Société nationale d’électricité (NEPA) peine à honorer ses contrats avec les fournisseurs indépendants. « Les infrastructures sont vétustes, et les investissements étrangers se font attendre », explique un analyste énergétique basé à Lagos. Au Kenya, malgré des projets ambitieux comme la centrale géothermique d’Olkaria, seulement 40 % de la population rurale a accès à l’électricité, un chiffre qui stagne depuis 2020. Dans la région du Sahel, la dépendance aux centrales diesel et aux importations de carburant, souvent coûteuses et soumises aux fluctuations des prix mondiaux, exacerbe les tensions sociales.
Les réformes promises, mais loin d’être appliquées
Les gouvernements africains, sous pression des institutions internationales, ont multiplié les annonces de réformes. Le Nigeria a lancé en 2024 un plan de privatisation partielle du secteur électrique, tandis que l’Éthiopie mise sur des partenariats public-privé pour développer ses barrages hydroélectriques. Pourtant, les résultats se font attendre. « Les lourdeurs bureaucratiques, la corruption et l’instabilité politique freinent les avancées », souligne une source au sein de la Banque africaine de développement (BAD). En Afrique du Sud, la crise de la société Eskom, minée par des dettes colossales et des grèves à répétition, illustre l’échec des politiques énergétiques nationales. Les retards dans les projets transfrontaliers, comme le gazoduc Nigeria-Maroc ou les interconnexions électriques en Afrique de l’Est, aggravent la fragmentation du marché énergétique continental.
Les solutions émergentes : entre innovations et dépendances
Face à l’inaction des États, des solutions locales émergent. Au Sénégal, le projet de centrale solaire de Bokhol a permis d’électrifier des villages isolés, grâce à un modèle décentralisé géré par des coopératives. De même, le Rwanda mise sur des mini-réseaux solaires pour desservir ses zones rurales, réduisant la dépendance aux importations. Cependant, ces initiatives restent marginales et insuffisantes pour répondre à l’ampleur des besoins. Les énergies renouvelables, bien que prometteuses, nécessitent des investissements massifs et une coordination régionale que les pays africains peinent à mettre en place. Par ailleurs, la Chine, premier partenaire économique du continent, étend son influence dans le secteur énergétique via des prêts conditionnels pour la construction de centrales, suscitant des inquiétudes quant à la souveraineté énergétique africaine.
Vers une crise humanitaire ?
Les conséquences de cette crise énergétique dépassent le cadre économique. Dans des pays comme la RDC ou le Mozambique, l’accès limité à l’électricité entrave l’approvisionnement en eau potable et en soins médicaux, aggravant les risques de maladies et de conflits pour les ressources. Les Nations unies ont alerté en juin 2026 sur l’augmentation des migrations climatiques liées à l’insécurité énergétique, notamment dans la Corne de l’Afrique. « Sans une action urgente, l’Afrique risque de devenir un continent à deux vitesses, où les élites urbaines bénéficient d’une électricité stable tandis que les populations rurales sombrent dans la précarité », avertit un expert de l’ONG Oxfam. Les dirigeants africains, réunis lors du dernier sommet de l’Union africaine en février 2026, ont réaffirmé leur volonté de trouver des solutions, mais les mécanismes concrets manquent encore. Dans ce contexte, la communauté internationale est appelée à jouer un rôle plus actif, notamment en facilitant l’accès aux financements et en soutenant les innovations locales.