L’Afrique subsaharienne franchit une étape majeure dans sa transition énergétique avec le lancement officiel, ce 3 juin 2026, du projet phare « Soleil d’Afrique ». Cette initiative panafricaine, portée par la Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs États membres, vise à accélérer l’accès universel à l’électricité d’ici 2030 en misant sur les énergies renouvelables. Alors que le continent reste le moins électrifié au monde avec un taux de couverture estimé à 48 %, ce projet pourrait bien marquer un tournant historique.
Un financement record et une ambition sans précédent
Doté d’un budget de 50 milliards de dollars, « Soleil d’Afrique » est le plus grand investissement jamais dédié aux énergies vertes sur le continent. Le financement provient d’un partenariat inédit entre institutions publiques, fonds souverains et acteurs privés, dont le géant britannique BP et le groupe français TotalEnergies. Selon Akinwumi Adesina, président de la BAD, ce projet s’appuie sur des « technologies de rupture » comme l’hydrogène vert et les mini-réseaux solaires intelligents, capables de desservir les zones rurales les plus isolées.
Les premières retombées se font déjà sentir : au Sénégal, 200 villages ont déjà été connectés en six mois grâce à des panneaux photovoltaïques décentralisés. Au Kenya, où le taux d’électrification dépasse désormais les 75 %, le gouvernement mise sur des parcs éoliens offshore pour compenser la demande croissante. « Cette dynamique montre que l’Afrique peut sauter l’étape des énergies fossiles et passer directement à la sobriété carbone », analyse Fatima Denton, directrice du Centre africain pour le climat.
Défis et résistances : entre opportunités et controverses
Malgré l’enthousiasme, des obstacles persistent. Le premier est d’ordre géopolitique : certains pays, comme le Nigeria, traînent des pieds en raison de leur dépendance historique au pétrole. D’autres, comme l’Éthiopie, critiquent le manque de concertation régionale, craignant que les infrastructures ne profitent qu’aux économies les plus stables. « Sans une gouvernance transparente, ces milliards pourraient s’évaporer dans la corruption ou des projets inadaptés », alerte l’économiste kényane Jacqueline Mugo.
Sur le terrain, la question de la maintenance des équipements reste entière. Dans des pays comme le Mali ou le Tchad, où les réseaux électriques sont déjà fragiles, des ONG locales redoutent que les nouvelles installations ne soient abandonnées faute de techniciens formés. Pour y remédier, la BAD a lancé un programme de formation accélérée en partenariat avec des universités africaines, mais les délais restent serrés face à l’urgence climatique.
Si le projet « Soleil d’Afrique » tient ses promesses, il pourrait redéfinir les équilibres énergétiques du continent et servir de modèle mondial. Mais son succès dépendra de la capacité des États à concilier rapidité, équité et durabilité. Une chose est sûre : l’Afrique, souvent perçue comme un acteur passif dans la transition verte, est en train de devenir un laboratoire d’innovations énergétiques. Reste à savoir si ces innovations seront assez inclusives pour transformer durablement le quotidien de ses 1,4 milliard d’habitants.