Le Mali et le Burkina Faso franchissent une nouvelle étape dans leur alliance stratégique avec la création officielle, ce 3 juin 2026, d’une « Confédération des États du Sahel ». Cette initiative, annoncée conjointement par les juntes militaires au pouvoir à Bamako et à Ouagadougou, marque un tournant dans la coopération régionale et reflète une volonté croissante de s’affranchir des influences extérieures traditionnelles. Dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et les pressions diplomatiques, cette union pourrait redéfinir les équilibres en Afrique de l’Ouest.
L’accord, signé en présence des dirigeants malien et burkinabè, ainsi que de représentants de plusieurs États voisins, prévoit la mise en place d’une structure fédérale dotée d’un parlement commun et d’une monnaie partagée, inspirée des modèles d’intégration économique africains. Selon les communiqués officiels, cette confédération aura pour mission de renforcer la sécurité face aux groupes armés djihadistes, de mutualiser les ressources énergétiques et de promouvoir une politique étrangère indépendante. Les deux pays, qui partagent une frontière de plus de 1 000 km, ont déjà engagé des projets conjoints dans les domaines de l’énergie solaire et de la lutte antiterroriste.
Une réponse à l’influence des anciennes puissances coloniales
Cette alliance s’inscrit dans une dynamique plus large de rejet des partenariats traditionnels avec la France et l’Union européenne, perçus comme néocoloniaux. Depuis 2020, les régimes militaires au pouvoir à Bamako et Ouagadougou ont multiplié les gestes symboliques, comme le retrait de la zone franc CFA ou la dénonciation des accords militaires avec Paris. L’arrivée de la junte nigérienne au pouvoir en 2023 a accéléré ce mouvement, avec l’annonce d’un rapprochement progressif entre les trois pays sous l’égide de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023.
Les observateurs soulignent cependant les défis majeurs qui attendent cette confédération. La coordination sécuritaire, bien que prioritaire, reste fragile : les groupes djihadistes, affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, continuent de mener des attaques meurtrières dans la région. Par ailleurs, les divergences économiques et politiques entre les membres pourraient compliquer la mise en œuvre des projets communs. Certains analystes craignent également que cette union ne soit perçue comme une tentative de contourner les sanctions internationales imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) après les coups d’État.
Réactions internationales et enjeux régionaux
La communauté internationale réagit avec prudence à cette initiative. La CEDEAO, qui avait suspendu le Mali et le Burkina Faso après leurs coups d’État respectifs, a appelé au « respect des principes démocratiques », tout en reconnaissant l’importance de la stabilité dans la région. De son côté, la Russie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a salué cette alliance comme une « étape positive vers l’autonomie africaine ». Moscou, déjà allié stratégique des juntes, pourrait renforcer sa présence militaire et économique dans le cadre de cette confédération.
En Afrique, les réactions sont contrastées. Le Sénégal, sous la direction du président Bassirou Diomaye Faye, a exprimé son soutien à une « intégration africaine renforcée », tandis que la Côte d’Ivoire, plus proche des positions occidentales, a émis des réserves sur les méthodes utilisées par les nouvelles autorités maliennes et burkinabè. Au sein même des deux pays, l’opinion publique semble partagée : si une partie de la population applaudit cette rupture avec l’ancien colonisateur, une autre s’inquiète des conséquences économiques d’un isolement international prolongé.
La création de la Confédération des États du Sahel ouvre une ère nouvelle pour l’Afrique de l’Ouest, mais son succès dépendra de sa capacité à concilier souveraineté et stabilité. Dans un contexte où les défis sécuritaires et économiques s’aggravent, cette union pourrait soit devenir un modèle d’intégration régionale, soit s’enliser dans des rivalités internes. Une chose est certaine : l’Afrique n’est plus un acteur passif sur la scène internationale, et les décisions prises aujourd’hui façonneront les équilibres de demain.