Le continent africain s’apprête à vivre une semaine décisive avec le lancement officiel du projet phare de l’Union africaine (UA) : le **Partenariat pour une transition énergétique juste (PTJ)**. Annoncé lors du sommet de février 2026 à Addis-Abeba, ce programme vise à accélérer la décarbonation de l’économie africaine tout en garantissant un accès universel à une énergie abordable d’ici 2035. Les experts soulignent que ce projet pourrait redéfinir les équilibres géoéconomiques du continent, mais aussi révéler les fractures entre États riches en ressources et ceux en proie à des crises structurelles.
Un fonds de 100 milliards de dollars sous haute tension politique
Le PTJ s’appuie sur un mécanisme de financement inédit, combinant contributions publiques et partenariats privés. Selon les dernières estimations du groupe de travail de l’UA, **100 milliards de dollars** devraient être mobilisés d’ici 2028, dont 60 % proviendraient de fonds souverains (notamment ceux des pays du Golfe et de la Chine) et 30 % de levées sur les marchés internationaux. Les 10 % restants seraient couverts par des contributions des États membres, souvent critiqués pour leur manque de transparence budgétaire. « Ce fonds est une opportunité historique, mais son succès dépendra de la capacité des dirigeants africains à éviter les détournements et les conflits d’intérêts », explique le Dr. Amina Sow, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
La distribution des financements suscite déjà des tensions. Les pays du Sahel, en proie à des sécheresses récurrentes, réclament une part prioritaire pour les énergies renouvelables décentralisées, tandis que l’Afrique du Sud et le Maroc, leaders en production solaire et éolienne, poussent pour des projets à grande échelle. Le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, a quant à lui obtenu une clause lui permettant de financer partiellement sa transition avec ses recettes pétrolières – une décision controversée qui interroge sur la cohérence des engagements climatiques africains.
Des défis logistiques et sécuritaires colossaux
Au-delà des questions financières, la mise en œuvre du PTJ se heurte à des obstacles structurels. Le premier est l’insuffisance des infrastructures. Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), seulement 43 % de la population africaine a accès à l’électricité, et les réseaux existants sont souvent vétustes. « Construire des milliers de kilomètres de lignes haute tension et des parcs solaires dans des zones reculées comme le Sahara ou la région des Grands Lacs relève du défi logistique », confie un ingénieur de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Le projet prévoit pourtant de connecter 300 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, un objectif que les observateurs jugent « ambitieux mais réalisable si les investissements sont bien ciblés ».
Le second défi est la sécurité. Plusieurs pays, dont le Mali et la RDC, voient leurs territoires miniers et énergétiques ciblés par des groupes armés. Le PTJ inclut un volet « protection des infrastructures », mais les mécanismes restent flous. « Sans une stabilisation préalable de ces zones, les investisseurs fuieront et les projets avorteront », avertit le général à la retraite Mahamadou Diallo, ancien conseiller militaire de l’UA. Par ailleurs, la dépendance envers des acteurs extérieurs comme la Russie (via Rosatom) ou la Turquie (pour les drones de surveillance) soulève des questions sur la souveraineté énergétique du continent.
Alors que le PTJ entame sa phase pilote dans six pays (Kenya, Sénégal, Éthiopie, Ghana, Rwanda et Botswana), les signaux sont contrastés. D’un côté, des avancées concrètes émergent : le Kenya a déjà lancé la construction d’une centrale géothermique de 100 MW, et le Sénégal finalise un accord avec l’Allemagne pour un parc éolien offshore. De l’autre, les retards s’accumulent dans des États comme la Libye, où l’instabilité politique bloque toute initiative. Pour les ONG, le PTJ doit impérativement intégrer des critères de gouvernance et de participation citoyenne pour éviter de reproduire les erreurs des programmes antérieurs. « L’Afrique a besoin d’énergie, mais pas au prix de l’endettement ou de l’accaparement des terres », résume Fatoumata Bâ, coordinatrice de l’ONG *Énergie pour l’Afrique*. Entre espoirs et réalités, le succès du projet pourrait bien sceller le futur énergétique du continent pour les décennies à venir.