Le 2 juillet 2026 marque une étape charnière pour le continent africain, alors que les dirigeants du continent se réunissent à Addis-Abeba pour le 37ᵉ sommet de l’Union africaine (UA). Ce rendez-vous annuel, qui se tient sous le thème « Renforcer la résilience économique de l’Afrique : vers une intégration continentale durable », intervient dans un contexte économique mondial marqué par des tensions commerciales et une course effrénée aux ressources stratégiques. Les discussions s’annoncent particulièrement tendues, alors que les pays africains tentent de faire entendre leur voix face aux défis persistants : dette souveraine, insécurité alimentaire et dépendance aux exportations de matières premières.
Une économie africaine à la croisée des chemins
L’Afrique traverse une période économique contrastée. D’un côté, le Fonds monétaire international (FMI) souligne une croissance moyenne de 3,8 % pour 2026, portée par des secteurs comme les technologies et les énergies renouvelables. De l’autre, la dette publique du continent a atteint un niveau record, dépassant les 1 200 milliards de dollars selon la Banque africaine de développement (BAD). Plusieurs pays, comme le Ghana ou le Kenya, peinent à honorer leurs engagements, tandis que d’autres, comme le Nigeria, tentent de diversifier leur économie au-delà du pétrole. « L’Afrique doit briser le cycle de la dépendance aux exportations de matières premières », a déclaré lors d’une conférence de presse à Nairobi Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), invitée exceptionnelle du sommet.
Le thème central du sommet reflète une prise de conscience : l’intégration économique africaine, portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), est désormais perçue comme une bouée de sauvetage. Lancée en 2021, cette zone, qui regroupe 54 des 55 pays africains (l’Érythrée exclue), vise à créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs. Pourtant, son potentiel reste sous-exploité. « Seulement 16 % des échanges commerciaux africains se font entre pays du continent, contre 70 % en Europe », rappelle Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf. Les barrières douanières, les infrastructures insuffisantes et les tensions politiques entre certains États freinent cette dynamique. Le sommet d’Addis-Abeba devra trouver des solutions concrètes pour accélérer la ratification des protocoles et lever les obstacles non tarifaires.
Sécurité et climat : des enjeux transversaux
Au-delà des questions économiques, la sécurité et le changement climatique dominent les débats en coulisses. La crise au Sahel, où les groupes jihadistes étendent leur emprise, sera au cœur des discussions. Le G5 Sahel, déjà fragilisé par les retraits du Mali et du Burkina Faso, fait face à une escalade de violences, avec plus de 8 000 morts en 2025 selon l’International Crisis Group. « L’Afrique ne peut pas se permettre une nouvelle décennie perdue », a averti Mohamed Bazoum, président du Niger, lors d’une allocution télévisée. La communauté internationale, notamment la France et les États-Unis, est appelée à revoir sa stratégie militaire et à soutenir davantage les initiatives locales de paix.
Parallèlement, le continent subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique. La Banque mondiale estime que l’Afrique ne contribue qu’à 4 % des émissions mondiales de CO₂, mais subit 10 % des impacts du changement climatique. Sécheresses prolongées en Afrique de l’Est, inondations dévastatrices en Afrique australe et montée des eaux en Afrique de l’Ouest menacent la sécurité alimentaire de millions de personnes. Le sommet doit aboutir à un plan d’action pour mobiliser les 100 milliards de dollars promis par les pays développés lors de la COP21, mais jamais totalement débloqués. « Nous ne voulons plus être les victimes silencieuses du climat », a déclaré Sahle-Work Zewde, présidente de l’Éthiopie, hôte du sommet.
Alors que les délibérations se poursuivent à Addis-Abeba, une chose est certaine : l’Afrique ne peut plus se contenter de discours. Les décisions prises lors de ce sommet pourraient redéfinir le destin économique du continent pour les décennies à venir. Entre espoirs d’intégration et urgences sécuritaires, le défi est de taille. Une chose est sûre : le monde aura les yeux rivés sur l’Afrique, cette fois non plus comme un continent en crise, mais comme une puissance émergente à part entière.