Le Tchad, souvent perçu comme une économie en proie à l’instabilité politique et aux défis structurels, attire désormais l’attention avec l’arrivée d’un nouveau visage dans son paysage économique. Seif Gharib, entrepreneur et investisseur de nationalité égyptienne, a fait son entrée remarquée sur la scène tchadienne en annonçant des projets ambitieux dans des secteurs clés comme l’agriculture, les énergies renouvelables et les infrastructures. Son ambition : transformer le Tchad en un hub économique régional, tout en exploitant le potentiel encore sous-exploité du pays. Mais qui est cet homme, et quels sont les enjeux de sa présence dans un pays où les réformes économiques peinent à décoller ?
Un profil d’entrepreneur aux ambitions continentales
Seif Gharib, 42 ans, n’est pas un inconnu dans le monde des affaires africaines. Diplômé en économie de l’Université du Caire, il a bâti sa réputation en Égypte et dans plusieurs pays du Maghreb, notamment en Libye et au Soudan, où il a piloté des projets dans les domaines de la logistique, de l’agro-industrie et des énergies vertes. Son approche se distingue par une volonté de s’appuyer sur les ressources locales tout en introduisant des technologies modernes. Au Tchad, où il a obtenu des concessions agricoles dans les régions du Logone et du Chari, il promet de créer des milliers d’emplois et de moderniser les chaînes de valeur agricoles, historiquement dominées par des pratiques traditionnelles.
Les observateurs soulignent que Gharib mise sur un modèle hybride, combinant investissements privés et partenariats publics-privés (PPP). Son projet phare, une ferme solaire d’une capacité de 50 MW dans la région de N’Djamena, vise à réduire la dépendance du pays aux générateurs diesel, une source d’énergie coûteuse et polluante. « Le Tchad a un ensoleillement exceptionnel, mais utilise moins de 1 % de son potentiel solaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à N’Djamena en mars 2024. Ce projet s’inscrit dans une logique plus large : positionner le Tchad comme un acteur clé de la transition énergétique en Afrique centrale.
Les défis d’un pays sous perfusion économique
Cependant, l’arrivée de Gharib s’inscrit dans un contexte économique tchadien particulièrement complexe. Malgré des ressources naturelles abondantes – pétrole, uranium, coton – le pays reste classé parmi les moins avancés par l’ONU, avec un PIB par habitant de 1 200 dollars en 2023. La corruption, l’instabilité politique et un climat des affaires défavorable découragent souvent les investisseurs étrangers. Les récentes réformes du président Mahamat Idriss Déby, au pouvoir depuis 2021 après un coup d’État, peinent à convaincre. « Le Tchad a besoin de plus que des promesses. Il faut des actes concrets, comme des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers ou une simplification des procédures administratives », analyse un économiste basé à N’Djamena sous couvert d’anonymat.
Un autre obstacle majeur réside dans la sécurité. Bien que le sud du pays soit relativement stable, les régions du nord, frontalières avec la Libye et le Soudan, restent instables en raison de la présence de groupes armés. Gharib a reconnu ces risques, mais affirme avoir mis en place des mesures de sécurité renforcées pour ses projets. « Nous travaillons avec des sociétés de sécurité privées et des communautés locales pour minimiser les risques », a-t-il expliqué. Pourtant, certains analystes restent sceptiques quant à la viabilité à long terme de ses investissements sans une stabilisation politique durable.
Enfin, la question de la souveraineté alimentaire et énergétique du Tchad est au cœur des débats. Le pays importe près de 60 % de ses besoins alimentaires, un paradoxe pour une nation agricole. Les projets de Gharib dans l’agriculture pourraient, s’ils aboutissent, contribuer à réduire cette dépendance. Mais le succès dépendra aussi de sa capacité à collaborer avec les petits producteurs locaux, souvent marginalisés par les grands groupes internationaux.
Seif Gharib incarne une nouvelle génération d’investisseurs étrangers qui voient dans le Tchad un terrain de jeu économique inexploré. Son approche, à la fois pragmatique et ambitieuse, pourrait inspirer d’autres acteurs si les conditions politiques et sécuritaires s’améliorent. Pour le Tchad, l’enjeu est double : profiter de ces nouveaux investissements pour relancer son économie tout en garantissant une répartition équitable des bénéfices avec la population. Une équation difficile, mais pas impossible, à condition que les promesses se transforment en réalisations concrètes.