Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise économique profonde depuis des années, aggravée par la pandémie de COVID-19 et les fluctuations des cours du pétrole, sa principale ressource d’exportation. Dans ce contexte, l’arrivée de Seif Gharib, un économiste de renom, suscite à la fois espoir et interrogations. Spécialiste des réformes structurelles et ancien conseiller de la Banque mondiale, ce dernier a été nommé en 2023 à la tête du ministère de l’Économie et des Finances. Son mandat coïncide avec des défis majeurs : endettement croissant, inflation galopante et nécessité de diversifier une économie trop dépendante des hydrocarbures. Mais qui est Seif Gharib, et quel plan économique propose-t-il pour sortir le Tchad de l’ornière ?
Un profil d’expert international au service du Tchad
Seif Gharib, diplômé de l’École nationale d’administration publique (ENAP) du Canada et titulaire d’un doctorat en économie du développement, a bâti sa carrière entre les institutions internationales et les pays en développement. Avant son arrivée à N’Djamena, il a occupé des postes clés à la Banque mondiale, où il a piloté des programmes d’ajustement structurel en Afrique subsaharienne. Son expertise couvre notamment la gestion de la dette, la fiscalité et les politiques de croissance inclusive. Arrivé au Tchad dans un contexte de tensions sociales et de mécontentement face à la gestion économique, il incarne une volonté de rupture avec les pratiques passées.
Son parcours est marqué par des missions en Égypte, au Sénégal et en RDC, où il a contribué à des réformes fiscales et à la modernisation des administrations douanières. Au Tchad, il hérite d’un héritage lourd : un ratio dette/PIB dépassant les 50 %, un déficit budgétaire chronique et un secteur informel qui représente plus de 70 % de l’économie. Pour les observateurs, sa nomination reflète la pression des partenaires internationaux, notamment le FMI, qui exige des mesures d’austérité en échange de nouveaux financements.
Un plan économique sous haute tension
Dès son installation, Seif Gharib a présenté un agenda en trois volets : assainissement des finances publiques, relance des investissements privés et diversification économique. Son premier coup d’éclat a été la renégociation de la dette tchadienne, avec un accord en 2023 pour réduire le service de la dette de 30 % sur trois ans, sous l’égide du Club de Paris. Cette avancée, saluée par les institutions financières, a permis de dégager des marges de manœuvre budgétaires. Cependant, les critiques pointent du doigt le manque de transparence dans la gestion de ces fonds et le risque de nouveaux emprunts non productifs.
Sur le front de la diversification, Gharib mise sur l’agriculture et les mines, secteurs sous-exploités malgré leur potentiel. Le Tchad, troisième producteur de coton en Afrique, pourrait développer des filières à haute valeur ajoutée, tandis que les gisements de pétrole (notamment dans la région de Doba) pourraient être mieux valorisés via des partenariats public-privé. Pourtant, les défis logistiques et sécuritaires (menaces terroristes au Sahel, insécurité dans les zones pétrolifères) freinent les investisseurs. Par ailleurs, la question de la gouvernance reste centrale : la corruption endémique et le clientélisme politique minent la crédibilité des réformes.
Enfin, le ministre a lancé une réforme fiscale visant à élargir l’assiette des contribuables et à lutter contre l’évasion fiscale. Une mesure audacieuse, mais impopulaire dans un pays où une large partie de la population vit en dehors du système formel. Les syndicats et la société civile dénoncent déjà un fardeau supplémentaire pour les ménages, alors que le salaire minimum peine à couvrir les besoins de base.
Seif Gharib a hérité d’un dossier économique parmi les plus complexes du continent africain. Son expertise et son réseau international sont des atouts, mais les obstacles structurels – corruption, insécurité, dépendance aux matières premières – semblent plus forts que les bonnes intentions. Les prochains mois seront décisifs : l’évolution des prix du pétrole, la tenue des élections générales de 2024 et la capacité du gouvernement à concilier rigueur budgétaire et justice sociale détermineront si le Tchad peut enfin tourner la page de la stagnation. Une chose est sûre : sans une mobilisation nationale et un soutien sans faille des partenaires étrangers, les réformes risquent de rester lettre morte. Le défi est de taille, et le temps joue contre le nouveau ministre.