Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une nouvelle crise économique et politique avec l’arrivée de Seif Gharib, un homme d’affaires controversé dont les ambitions pourraient redéfinir l’équilibre des pouvoirs dans le pays. Ancien proche du régime déchu d’Idriss Déby, Gharib revient sur la scène tchadienne après des années d’exil, promettant des investissements massifs et une relance économique ambitieuse. Mais derrière ces promesses se cachent des interrogations sur les motivations réelles de son retour et les risques d’une concentration excessive du pouvoir économique entre ses mains.
Un retour sous le signe de l’ambition économique
Seif Gharib, connu pour ses liens avec l’élite politique tchadienne et ses activités dans les secteurs de l’énergie et de l’agro-industrie, a annoncé son intention de lancer plusieurs projets visant à « transformer l’économie tchadienne ». Parmi ses projets phares figurent la construction d’infrastructures routières, la modernisation des zones agricoles et le développement des énergies renouvelables. Ces initiatives, soutenues par des partenariats internationaux, pourraient apporter un souffle nouveau à un pays où le chômage des jeunes dépasse les 40 % et où l’inflation grignote le pouvoir d’achat.
Cependant, certains observateurs soulignent que les méthodes de Gharib, souvent perçues comme opaques, rappellent les pratiques des réseaux d’affaires qui ont prospéré sous l’ère Déby. Son empire économique, construit en partie grâce à des contrats publics avantageux, a suscité des soupçons de corruption et de clientélisme. « Gharib incarne une continuité des pratiques qui ont affaibli les institutions tchadiennes », analyse un économiste basé à N’Djamena, sous couvert d’anonymat. Son retour coïncide également avec une période de transition politique délicate, marquée par la transition militaire et les tensions entre factions rivales.
Les défis d’un modèle économique contesté
Si les promesses de Gharib séduisent une partie de la population, notamment les jeunes entrepreneurs et les investisseurs étrangers, elles inquiètent aussi la société civile et les partenaires internationaux du Tchad. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui ont récemment débloqué des fonds pour aider le pays à surmonter sa crise de la dette, ont appelé à plus de transparence dans la gestion des ressources publiques. « Sans garanties contre les détournements, ces projets pourraient aggraver la dette tchadienne sans créer de richesse durable », met en garde un rapport de l’ONG *Transparency International*.
Par ailleurs, l’arrivée de Gharib ravive les craintes d’une militarisation de l’économie. Son alliance avec d’anciens officiers du régime de Déby, aujourd’hui au pouvoir, soulève des questions sur l’utilisation des fonds publics à des fins personnelles ou politiques. Des voix s’élèvent pour demander une enquête indépendante sur les sources de sa fortune, estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. « Au Tchad, l’économie et la politique sont indissociables. Gharib pourrait devenir un acteur clé, mais à quel prix ? », s’interroge un journaliste local.
Le retour de Seif Gharib au Tchad s’inscrit dans un contexte où le pays cherche désespérément des solutions pour sortir de la crise. Si ses projets pourraient apporter des opportunités, ils posent aussi des risques majeurs pour la stabilité économique et démocratique. Pour que le Tchad bénéficie pleinement de ces investissements, une gouvernance transparente et des mécanismes de contrôle indépendants seront indispensables. Sans cela, le pays risque de reproduire les erreurs du passé, où les richesses nationales profitaient à une minorité tandis que la majorité de la population restait dans la précarité.