Économie Politique

سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Au Tchad, l’arrivée du Premier ministre Succès Masra marque un tournant politique et économique majeur. Depuis son investiture le 1er janvier 2024, ce technocrate formé en France et aux États-Unis incarne l’espoir d’une relance économique après des années de crise. Son premier défi ? Faire face à la dette publique, estimée à plus de 70 % du PIB, et relancer des secteurs clés comme l’agriculture et les hydrocarbures. Mais qui est vraiment Succès Masra, et quelles sont ses priorités pour l’économie tchadienne ?

Un profil atypique pour un pays en quête de stabilité

Succès Masra, 40 ans, est un économiste de formation, diplômé de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE) en France, puis de l’université de Harvard aux États-Unis. Son parcours professionnel, marqué par des postes au sein d’institutions internationales comme la Banque mondiale, en fait un profil rare au Tchad, où les leaders politiques sont souvent issus du milieu militaire ou des cercles traditionnels.

Son arrivée au pouvoir intervient dans un contexte de tensions sociales et économiques. Le Tchad, marqué par des décennies de dictature et de coups d’État, peine à diversifier son économie, encore largement dépendante du pétrole, qui représente près de 70 % de ses exportations. Masra a hérité d’un pays où le chômage des jeunes atteint 20 % et où près de 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Son élection, issue d’un processus électoral controversé en 2024, a ravivé les espoirs de réforme, mais aussi les craintes d’une répression accrue des oppositions.

Les priorités économiques : dette, diversification et transparence

Parmi les premières mesures annoncées par Masra figure la renégociation de la dette tchadienne, estimée à 4,5 milliards de dollars. Le pays, classé parmi les plus pauvres au monde, bénéficie de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE), mais cette aide est souvent conditionnée à des réformes structurelles. Masra a promis de réduire les dépenses publiques inutiles et de lutter contre la corruption, un fléau qui a rongé l’économie tchadienne pendant des années.

Autre enjeu de taille : la diversification de l’économie. Le Tchad mise sur l’agriculture, avec un potentiel inexploité dans les régions du sud, où les cultures de coton, de sorgho et de mil pourraient être modernisées. Le gouvernement a également relancé des projets miniers, notamment dans l’or et le lithium, une ressource stratégique pour la transition énergétique mondiale. Cependant, ces initiatives se heurtent à des défis logistiques et à l’insécurité dans certaines zones, comme la région du lac Tchad, menacée par les groupes armés.

Enfin, Masra a annoncé une réforme du secteur pétrolier, avec l’objectif de mieux redistribuer les revenus aux populations locales. Le Tchad est membre de l’OPEP+, mais les retombées de l’exploitation du pétrole restent inégales, avec des communautés vivant dans l’indigence près des gisements. Une loi sur les revenus pétroliers, attendue depuis des années, pourrait enfin voir le jour sous son mandat.

Alors que Succès Masra s’installe dans le fauteuil de Premier ministre, les Tchadiens observent avec prudence. Son profil d’expert international contraste avec les méthodes traditionnelles de gouvernance, mais son succès dépendra de sa capacité à concilier réformes économiques et stabilité politique. Dans un pays où les coups d’État se succèdent depuis l’indépendance en 1960, la vraie épreuve pour Masra sera de prouver que le Tchad peut, enfin, tourner la page de l’instabilité chronique. Si ses promesses se concrétisent, le pays pourrait devenir un exemple de résilience en Afrique centrale. Mais le chemin s’annonce semé d’embûches, entre dettes à rembourser, groupes armés à contenir et attentes d’une jeunesse assoiffée de changement.

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