Le Tchad traverse une période de profonde transformation économique sous l’impulsion de son Premier ministre, Succès Masra. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2024, cet ancien banquier et figure de l’opposition a lancé une série de réformes ambitieuses pour relancer l’économie du pays, l’une des plus pauvres au monde. Entre promesses de diversification économique et lutte contre la corruption, Masra ambitionne de faire du Tchad un acteur régional incontournable. Mais dans un contexte marqué par l’instabilité politique et les défis sécuritaires, son action suscite à la fois l’espoir et le scepticisme.
Un plan de relance économique aux ambitions démesurées
Dès son investiture, Succès Masra a présenté un plan de relance économique baptisé « Tchad 2030 », visant à réduire la dépendance du pays aux hydrocarbures, qui représentent plus de 60 % des recettes budgétaires. Le gouvernement mise sur trois piliers : l’agriculture, les mines et les énergies renouvelables. Le secteur agricole, qui emploie 80 % de la population, doit bénéficier d’investissements massifs pour moderniser les techniques de production et améliorer la sécurité alimentaire. Le Tchad, déjà premier producteur de coton en Afrique subsaharienne, pourrait ainsi renforcer ses exportations.
Autre priorité : l’exploitation des ressources minières, notamment l’or et le pétrole. Le pays, où TotalEnergies exploite le champ pétrolier de Doba, cherche à diversifier ses partenariats pour attirer de nouveaux investisseurs. Cependant, les défis logistiques et les tensions avec les compagnies étrangères persistent. Enfin, les énergies renouvelables, comme le solaire, pourraient permettre d’électrifier les zones rurales encore privées d’électricité. Des projets pilotes sont déjà en cours dans le sud du pays, mais leur généralisation reste conditionnée par des financements stables.
L’ombre de la dette et les défis structurels
Malgré ces initiatives, le Tchad reste confronté à des obstacles majeurs. Le pays est classé parmi les plus endettés au monde, avec une dette publique estimée à plus de 50 % du PIB. Les créanciers internationaux, comme le FMI, exigent des réformes structurelles en échange de nouveaux prêts. Masra a promis de rationaliser les dépenses publiques et de lutter contre la corruption, un fléau qui gangrène l’administration tchadienne depuis des décennies. Mais la tâche s’annonce ardue, d’autant que l’État peine à mobiliser des recettes fiscales suffisantes. Le système bancaire, sous-développé, limite également les possibilités de financement local.
Sur le plan social, la population tchadienne, majoritairement jeune, attend des résultats concrets. Le taux de chômage des jeunes dépasse 30 %, et l’inflation a atteint des niveaux record en 2023. Les grèves et manifestations se multiplient, reflétant le mécontentement face à la dégradation des conditions de vie. Masra a tenté de calmer le jeu en annonçant des subventions sur les produits de première nécessité, mais ces mesures sont jugées insuffisantes par une partie de la société civile. Les critiques pointent également le manque de transparence dans la gestion des fonds publics, malgré les promesses de gouvernance vertueuse.
Si le défi est immense, Succès Masra semble déterminé à écrire une nouvelle page de l’histoire économique du Tchad. Son approche, mêlant pragmatisme et audace, pourrait inspirer d’autres pays africains confrontés à des défis similaires. Cependant, le temps presse : les élections prévues en 2025 pourraient rebattre les cartes politiques, et une instabilité prolongée risquerait d’entraver les progrès accomplis. Pour l’heure, le Tchad observe avec attention l’évolution de cette expérience, qui pourrait bien servir de laboratoire pour l’Afrique francophone.