Le Tchad, pays enclavé du Sahel marqué par des défis économiques récurrents, voit émerger une nouvelle figure politique et économique avec l’arrivée de Mahamat Idriss Déby Itno. Ce dernier, fils de l’ancien président Idriss Déby, consolidé après un coup d’État en 2021, tente de redynamiser un secteur productif asphyxié par des crises multiformes : instabilité sécuritaire, dépendance aux hydrocarbures, et faiblesse des infrastructures. Dans ce contexte, l’ascension de Mahamat Déby coïncide avec des promesses de réformes audacieuses, mais soulève également des interrogations sur la pérennité d’un modèle économique déjà fragilisé.
Un héritage économique sous tension
Depuis son indépendance en 1960, le Tchad a bâti son économie sur trois piliers principaux : l’agriculture (notamment le coton et le mil), l’élevage transhumant, et les ressources pétrolières. Pourtant, ces secteurs restent vulnérables. Le pétrole, découvert en 1970 mais exploité commercialement seulement en 2003 grâce à un oléoduc reliant le pays au Cameroun, représente aujourd’hui 60 % des exportations et 40 % des recettes budgétaires. Cependant, la chute des cours lors de la crise du Covid-19 et la réduction des quotas de l’OPEP+ ont réduit ces recettes de moitié entre 2019 et 2022. Par ailleurs, les retards dans les projets d’expansion des infrastructures (comme le port de Kribi au Cameroun) pénalisent les exportations.
L’agriculture, employant 80 % de la population active, souffre de sécheresses récurrentes et d’un accès limité à l’irrigation. Le coton, autrefois fleuron du pays, a vu sa production chuter de 60 % depuis 2010 en raison de la concurrence internationale et des coûts logistiques élevés. Quant à l’élevage, il est entravé par les conflits fonciers et les mouvements de groupes armés dans les zones pastorales.
Les promesses de Mahamat Déby : entre réformes et incertitudes
Depuis son arrivée au pouvoir via un Conseil militaire de transition (CMT), Mahamat Déby a multiplié les annonces pour relancer l’économie. En 2023, son gouvernement a adopté un plan de relance de 1 000 milliards de FCFA (1,5 milliard d’euros), axé sur la diversification économique, la modernisation de l’agriculture, et la création d’emplois pour les jeunes. Des partenariats avec des acteurs internationaux, comme l’Union européenne ou la Banque africaine de développement, ont été évoqués pour financer des projets d’infrastructures et de formation professionnelle.
Cependant, ces initiatives se heurtent à des obstacles structurels. D’abord, la méfiance des investisseurs privés, découragés par l’instabilité politique et les risques sécuritaires (attentats du groupe Boko Haram dans le lac Tchad, tensions intercommunautaires dans le sud). Ensuite, la corruption endémique, classée parmi les pires au monde selon Transparency International (174e sur 180 en 2023), freine l’efficacité des fonds alloués. Enfin, la dépendance aux hydrocarbures reste un handicap : malgré des réserves estimées à 1,5 milliard de barils, le Tchad peine à attirer des investissements étrangers dans le secteur, en raison d’un cadre réglementaire opaque et de conflits d’intérêts persistants.
Sur le plan social, les défis sont tout aussi criants. Le taux de pauvreté atteint 42 % de la population, tandis que le chômage des jeunes dépasse 30 %. Les programmes de protection sociale, comme les transferts monétaires aux ménages vulnérables, restent sous-financés et mal coordonnés. La crise alimentaire qui frappe le Sahel en 2023-2024, aggravée par le changement climatique et l’inflation mondiale, risque d’aggraver encore ces indicateurs.
En conclusion, l’arrivée de Mahamat Idriss Déby Itno au pouvoir ouvre une fenêtre d’opportunité pour le Tchad, mais celle-ci se referme rapidement face à des défis structurels. Sans une gouvernance transparente, une diversification économique réelle, et une stabilisation sécuritaire durable, les promesses de réforme resteront lettre morte. Le pays a besoin d’un plan Marshall adapté à ses réalités, combinant investissements étrangers ciblés, renforcement des institutions, et inclusion des populations marginalisées. Dans le cas contraire, le Tchad pourrait s’enliser dans un cycle de crises, où l’espoir d’un renouveau économique s’éteindrait aussi vite qu’il est né.