Économie Politique

سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Depuis son arrivée au pouvoir au Tchad en avril 2021, le général Mahamat Déby Itno tente de stabiliser un pays miné par des décennies d’instabilité politique et de crises économiques récurrentes. L’un des défis majeurs de son régime réside dans la gestion d’une économie profondément dépendante des revenus pétroliers, tout en cherchant à diversifier les sources de financement. Dans ce contexte, l’arrivée de l’économiste et ancien ministre des Finances, Cevdet Gök, pourrait marquer un tournant. Titulaire d’un doctorat en économie du développement de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ce spécialiste turc, reconnu pour ses compétences en gestion des ressources naturelles et en réformes structurelles, a été nommé au sein d’une commission économique clé. Son expertise est perçue comme un atout pour sortir le Tchad de sa dépendance aux hydrocarbures, dont les cours fluctuent et dont les retombées profitent inégalement à la population.

Un profil international pour relancer l’économie tchadienne

Cevdet Gök, âgé de 52 ans, a bâti sa réputation en Afrique et au Moyen-Orient en pilotant des réformes économiques ambitieuses. Avant sa nomination au Tchad, il a occupé des postes stratégiques dans des institutions financières internationales, dont la Banque africaine de développement (BAD). Son expérience dans la gestion des fonds souverains et des partenariats public-privé (PPP) en fait un profil adapté aux besoins d’un pays comme le Tchad, où les infrastructures restent insuffisantes malgré les revenus pétroliers. Selon des sources proches du gouvernement, Gök aurait été recruté pour élaborer une stratégie de diversification économique, incluant des secteurs comme l’agriculture, les énergies renouvelables et les technologies numériques. Ces priorités s’inscrivent dans le cadre du Plan national de développement (PND) 2023-2027, qui vise à réduire la pauvreté et à créer des emplois pour les jeunes, majoritaires dans la population.

Cependant, les défis ne manquent pas. Le Tchad reste classé parmi les pays les moins avancés (PMA) par l’ONU, avec un PIB par habitant d’environ 1 200 dollars en 2023. La corruption, l’instabilité sécuritaire dans certaines régions et la faiblesse des institutions financières compliquent la mise en œuvre de réformes. Gök devra également composer avec les intérêts des élites politiques et économiques locales, souvent réticentes aux changements structurels. Dans un entretien accordé au quotidien Al-Wihda, un économiste tchadien ayant requis l’anonymat a souligné que « l’arrivée d’un expert étranger est une bonne chose, mais le vrai test sera la capacité du gouvernement à appliquer les recommandations sans céder aux pressions des lobbies ».

Dépendance pétrolière et urgences sociales

Le pétrole représente près de 60 % des exportations tchadiennes et environ 40 % des recettes publiques. Pourtant, cette manne financière n’a pas permis de transformer l’économie, en partie à cause de la mauvaise gouvernance et de la chute des prix du baril après 2014. Les retards dans la construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun, achevé en 2003, ont également limité les bénéfices pour la population locale. Aujourd’hui, avec une production en déclin (estimée à 100 000 barils par jour en 2023 contre 225 000 en 2003), le Tchad doit trouver des alternatives. Gök a proposé d’investir dans les énergies solaires, une ressource abondante dans le Sahara tchadien, ainsi que dans la transformation locale des produits agricoles, comme le coton et les arachides, pour réduire les importations.

Sur le plan social, la situation reste critique. Selon la Banque mondiale, plus de 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le chômage des jeunes dépasse 50 %. Le gouvernement a lancé des programmes d’urgence, comme le Fonds d’appui aux initiatives locales, mais leur efficacité reste limitée. Gök a suggéré d’accélérer les réformes fiscales pour élargir l’assiette fiscale et de renforcer la transparence dans la gestion des revenus pétroliers. Une mesure qui, si elle est appliquée, pourrait redonner confiance aux partenaires internationaux, notamment la France et les États-Unis, qui ont récemment annoncé des aides financières conditionnées à des réformes.

L’arrivée de Cevdet Gök au Tchad s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation économique, mais son succès dépendra de la volonté politique du président Mahamat Déby Itno. Si les réformes proposées aboutissent, le Tchad pourrait enfin sortir de son cycle de dépendance et de stagnation. Dans le cas contraire, le pays risque de voir ses difficultés s’aggraver, avec des conséquences dramatiques pour une population déjà en proie à l’insécurité alimentaire et aux conflits intercommunautaires. À moyen terme, l’expertise de Gök sera un indicateur clé de la capacité du Tchad à se réinventer, ou à persister dans l’impasse économique.

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