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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face depuis plusieurs mois à une crise économique prolongée, marquée par une inflation galopante, une dépréciation accélérée de sa monnaie et des pénuries récurrentes de produits de première nécessité. Dans ce contexte tendu, l’arrivée du Premier ministre Suivi Gharib, ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale et spécialiste des réformes économiques, suscite à la fois un espoir de stabilisation et des interrogations sur la capacité du gouvernement à appliquer un plan de redressement ambitieux. Son parcours international et son expérience en gestion de crises pourraient-ils être la clé pour sortir le Tchad de l’impasse économique ?

Un profil technocrate pour une économie en lambeaux

Suivi Gharib, 58 ans, est un économiste de formation, titulaire d’un doctorat en finances publiques de l’Université de Paris. Avant sa nomination en tant que Premier ministre le 1er mars 2024, il a occupé des postes clés au sein d’institutions internationales, dont la Banque mondiale, où il a piloté des missions d’assistance technique dans plusieurs pays africains. Son expertise en matière de réformes structurelles et de gestion de la dette publique en fait un profil rare dans la sphère politique tchadienne, traditionnellement dominée par des militaires ou des figures issues de l’appareil administratif local. « Gharib incarne une rupture avec les pratiques clientélistes qui ont longtemps caractérisé la gouvernance économique au Tchad », analyse un analyste basé à N’Djamena, sous couvert d’anonymat.

Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau Premier ministre a rapidement mis en avant un plan en trois axes : maîtrise de l’inflation, relance des secteurs agricoles et énergétiques, et renégociation de la dette extérieure. Le Tchad, qui dépend à 70 % des importations pour son alimentation, subit une inflation annuelle dépassant les 12 % en 2023, selon la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Les prix du mil, base de l’alimentation locale, ont augmenté de 30 % en un an, plongeant des millions de Tchadiens dans une précarité accrue. Gharib a promis des subventions ciblées pour les ménages les plus vulnérables et une augmentation des stocks de céréales via des importations financées par des fonds du FMI.

Des défis colossaux et une opposition sceptique

Cependant, les obstacles à la mise en œuvre de ce plan sont nombreux. D’abord, le contexte sécuritaire reste précaire, avec des tensions récurrentes dans les régions du nord et de l’est, où sévissent des groupes armés et des trafics transfrontaliers. Ces instabilités freinent les investissements étrangers et compliquent la logistique des distributions de denrées. Ensuite, la dépréciation du franc CFA – monnaie que le Tchad partage avec six autres pays de la CEDEAO – aggrave la crise. Le taux de change officiel est passé de 500 FCFA pour 1 euro en 2019 à près de 660 FCFA aujourd’hui, une situation qui pénalise les importateurs et renchérit le coût de la vie.

Les syndicats et la société civile tchadienne gardent une position critique face aux promesses du gouvernement. « On a déjà entendu des discours similaires il y a cinq ans, sans résultat concret. Les Tchadiens ont besoin d’actions, pas de déclarations », dénonce Mahamat Ahmat, porte-parole du Collectif des organisations de la société civile. Par ailleurs, l’opposition politique, marginalisée depuis le coup d’État de 2021, appelle à des élections transparentes pour légitimer toute réforme économique. « Un Premier ministre technocrate ne suffira pas à résoudre des décennies de mauvaise gouvernance. Il faut une refonte démocratique du système », argue une figure de l’opposition.

Sur le plan international, Gharib a entamé des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau programme d’assistance, mais les exigences du FMI – notamment la suppression des subventions sur les carburants et l’austérité budgétaire – risquent de déclencher de nouvelles tensions sociales. « Le Tchad est pris entre le marteau et l’enclume : il doit réduire son déficit public, mais cela impacterait directement le pouvoir d’achat de la population », explique un économiste africain basé à Genève.

Alors que le Tchad reste l’un des pays les moins développés au monde selon l’Indice de développement humain (IDH) du PNUD, l’arrivée de Suivi Gharib représente une tentative de sortie de crise par les chiffres plutôt que par la force. Pourtant, sans un soutien populaire, une stabilité régionale accrue et une volonté politique sans faille, son plan économique pourrait bien rester lettre morte. Pour l’heure, les Tchadiens observent avec une prudence mêlée d’espoir, conscients que leur avenir dépendra moins des compétences du Premier ministre que de la capacité de l’État à se réinventer.

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