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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une nouvelle donne économique avec l’arrivée de Seif Gharib, un entrepreneur égyptien d’origine soudanaise. Figure controversée mais incontournable des milieux d’affaires en Afrique du Nord et au Sahel, cet homme d’affaires de 45 ans s’impose désormais comme un acteur clé dans le secteur énergétique tchadien. Son investissement récent, estimé à plus de 200 millions de dollars, vise à moderniser les infrastructures pétrolières du pays et à diversifier son économie, historiquement dépendante des hydrocarbures. Mais derrière ce projet ambitieux se cachent des questions sur la transparence des contrats et l’impact social d’une telle intervention.

Un profil controversé, une ambition affichée

Seif Gharib, connu pour ses prises de position audacieuses et ses liens étroits avec des régimes autoritaires, débarque au Tchad à un moment charnière. Le pays, dirigé depuis 2021 par le général Mahamat Déby Itno après le décès de son père Idriss Déby, cherche à redynamiser une économie en stagnation. Avec des réserves pétrolières estimées à 1,5 milliard de barils, le Tchad reste un eldorado pour les investisseurs, mais les défis logistiques et politiques freinent son essor. Gharib, via sa société Nile Delta Energy, promet de relancer la production dans le bassin de Doba, où les champs pétrolifères, exploités depuis 2003 par un consortium international, affichent des rendements en baisse.

Selon des sources proches du dossier, Gharib aurait obtenu des concessions avantageuses, incluant des exonérations fiscales et des garanties contre les fluctuations des prix du pétrole. Ces conditions, bien que séduisantes pour un pays endetté à plus de 50 % de son PIB, suscitent des inquiétudes au sein de la société civile tchadienne. « On ne peut pas accepter que des ressources naturelles soient cédées sans contreparties claires pour la population », dénonce un économiste local, sous couvert d’anonymat. Les ONG locales, comme Tchad Écologie, appellent à une audit indépendant des contrats signés avec Nile Delta Energy.

Dépendance énergétique et enjeux géopolitiques

L’arrivée de Gharib s’inscrit dans un contexte régional marqué par la montée en puissance des acteurs privés dans l’exploitation des ressources. Le Tchad, membre de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale), tente de se repositionner face à des voisins comme le Cameroun ou le Nigeria, qui ont déjà diversifié leurs partenariats énergétiques. Cependant, la dépendance du pays à l’or noir reste un sujet sensible. En 2022, le pétrole représentait 80 % des exportations tchadiennes, selon la Banque mondiale. Un chiffre qui illustre la vulnérabilité d’une économie soumise aux aléas des cours internationaux.

Par ailleurs, l’implication de Gharib, dont les affaires ont été pointées du doigt pour des pratiques opaques en Libye et au Soudan, interroge sur les alliances du Tchad. Mahamat Déby, en quête de légitimité internationale, mise sur des partenariats extérieurs pour stabiliser son régime. « Le Tchad a besoin d’investissements, mais pas au prix de sa souveraineté », commente un diplomate africain basé à N’Djamena. Les rumeurs d’un soutien logistique égyptien à la junte tchadienne, bien que non confirmées, alimentent les spéculations sur une stratégie commune en Afrique sahélienne.

Sur le terrain, les promesses de Gharib peinent à convaincre. Dans la région de Doba, où des projets de pipelines et de raffineries sont annoncés, les populations locales dénoncent le manque d’emplois locaux et l’absence de retombées économiques tangibles. « On nous parle de développement, mais depuis des années, nous ne voyons que des routes défoncées et des puits asséchés », témoigne un chef de village. Les autorités tchadiennes, pour leur part, mettent en avant la création de 5 000 emplois directs, un chiffre contesté par les syndicats.

L’aventure tchadienne de Seif Gharib illustre les tensions entre modernisation économique et préservation des intérêts nationaux. Si son arrivée pourrait dynamiser un secteur moribond, les risques de corruption et de marginalisation des populations locales restent élevés. Pour le Tchad, l’enjeu est double : tirer profit de cette manne financière sans sacrifier son avenir. À l’heure où l’Afrique cherche à renégocier les règles du jeu économique mondial, l’exemple tchadien pourrait servir de cas d’école – ou d’avertissement.

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