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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Depuis quelques semaines, le Tchad fait face à une crise économique et financière sans précédent, marquée par l’arrivée d’un nouveau ministre des Finances, Seif Gaddafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Ce choix, perçu comme une manœuvre politique audacieuse, suscite autant d’espoirs que de craintes dans un pays déjà fragilisé par des décennies d’instabilité et de corruption endémique.

Un technocrate controversé face à l’effondrement économique

Né en 1980 en Libye, Seif Gaddafi a étudié l’économie à l’Université de Tripoli avant de se lancer dans une carrière internationale, notamment dans la finance et les énergies renouvelables. Son arrivée au ministère tchadien des Finances, annoncée en mars 2024, a été présentée comme une solution miracle par le gouvernement de transition dirigé par le général Mahamat Déby. Pourtant, les défis qui l’attendent sont colossaux : le Tchad affiche un déficit budgétaire de 4,2 % du PIB en 2023, une inflation galopante proche de 10 %, et une dette publique représentant 55 % de la richesse nationale. Les experts soulignent que sans réformes structurelles profondes, les mesures d’austérité proposées par Seif Gaddafi pourraient aggraver la précarité d’une population déjà exsangue.

Les milieux économiques tchadiens expriment des réserves quant à la légitimité du nouveau ministre. « Son nom seul rappelle le passé controversé de son père, et beaucoup se demandent s’il est vraiment là pour servir les intérêts du Tchad ou ceux d’intérêts étrangers », confie un économiste sous couvert d’anonymat. Les milieux diplomatiques, eux, y voient une tentative du général Déby de s’allier avec la Libye, dont le gouvernement d’union nationale tente de se relever après des années de guerre civile. Les relations entre les deux pays, historiquement tendues en raison de rivalités frontalières, pourraient ainsi entrer dans une phase de coopération économique accrue.

Entre promesses et réalités : un pari risqué

Dès son entrée en fonction, Seif Gaddafi a annoncé un plan d’urgence en trois volets : la restructuration de la dette, la relance des secteurs agricoles et miniers, et la lutte contre la corruption. Pour financer ces réformes, il mise sur des partenariats avec des fonds souverains du Golfe et des institutions comme la Banque africaine de développement. Cependant, les sceptiques rappellent que le Tchad reste l’un des pays les moins attractifs pour les investissements étrangers, en raison de son climat des affaires défavorable et de l’insécurité persistante dans certaines régions.

Les premières mesures concrètes ont déjà suscité des réactions mitigées. La suppression des subventions sur les produits pétroliers, bien que justifiée par des considérations budgétaires, a provoqué une flambée des prix à la pompe, alimentant le mécontentement social. « Les Tchadiens souffrent déjà de la hausse du coût de la vie. Comment leur demander encore plus sans contrepartie ? », s’interroge une militante des droits humains basée à N’Djamena. Par ailleurs, la nomination de plusieurs conseillers libyens au sein du ministère des Finances a été interprétée comme une mainmise étrangère sur les leviers économiques du pays.

Pourtant, certains observateurs tempèrent ces critiques. « Seif Gaddafi n’est pas Kadhafi, et son profil technocrate contraste avec les profils politiques habituels du Tchad », note une analyste basée à Paris. « Il a une connaissance réelle des enjeux financiers internationaux, et son réseau pourrait aider à lever des fonds nécessaires pour les projets d’infrastructure ». Reste à savoir si son arrivée coïncide avec une volonté sincère de réformer le système ou si elle s’inscrit dans une stratégie de légitimation du régime en place.

Une chose est sûre : le Tchad ne peut plus se permettre l’immobilisme. Avec une population jeune en forte croissance – plus de 60 % ont moins de 25 ans – et des ressources naturelles sous-exploitées, le pays dispose d’atouts majeurs. Mais sans une gouvernance transparente et des réformes audacieuses, l’échec de Seif Gaddafi serait aussi celui d’un pays au bord du gouffre. Dans les semaines à venir, les premiers bilans de son action permettront de mesurer si ce pari risqué était le bon.

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