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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise économique aiguë depuis plusieurs années, marquée par la baisse des prix du pétrole, principale source de revenus du pays, et par une inflation galopante qui érode le pouvoir d’achat des populations. Dans ce contexte difficile, l’arrivée du nouveau Premier ministre, Suze Gabir – un économiste chevronné connu pour ses réformes audacieuses en Afrique de l’Ouest –, suscite à la fois l’espoir et la perplexité. Nommé en mai 2024 par le président Mahamat Déby Itno, Gabir, 52 ans, promet de redresser une économie tchadienne exsangue, tout en naviguant entre les exigences des institutions internationales et les réalités socio-politiques locales.

Un profil d’économiste au service des défis africains

Diplômé de l’École nationale d’administration publique (ENAP) du Sénégal et titulaire d’un doctorat en économie du développement de l’Université de Paris, Suze Gabir a bâti sa réputation en menant des réformes structurelles au Niger et au Nigeria, où il a occupé des postes clés au sein de la Banque centrale et du ministère des Finances. Son approche, souvent qualifiée de « pragmatique », s’appuie sur le renforcement de la transparence financière et la diversification économique, deux thèmes récurrents dans ses discours.

Au Tchad, Gabir hérite d’une économie dépendante à plus de 80 % des exportations pétrolières, dont les recettes ont chuté de près de 40 % depuis 2020 en raison de la volatilité des cours mondiaux. Le pays, classé parmi les Pays les moins avancés (PMA) par l’ONU, souffre également d’un endettement croissant – estimé à 45 % du PIB en 2023 – et d’un secteur informel omniprésent, qui représente près de 70 % de l’activité économique. Face à ces défis, le nouveau Premier ministre a annoncé un plan en trois phases : réduction des dépenses de l’État, relance des secteurs agricoles et miniers, et négociations avec les partenaires internationaux pour restructurer la dette et obtenir des aides.

Des défis politiques et sociaux sous haute tension

L’arrivée de Gabir coïncide avec une période de tensions sociales accrues au Tchad. Depuis le décès du président Idriss Déby en avril 2021 et l’avènement de son fils, Mahamat Déby Itno, le pays est secoué par des mouvements de protestation réclamant des réformes démocratiques et une meilleure redistribution des richesses. En 2023, des grèves massives dans le secteur pétrolier et des émeutes contre la vie chère ont rappelé la fragilité du pays. « Gabir devra trouver un équilibre entre les exigences des bailleurs de fonds, comme le FMI ou la Banque mondiale, et les attentes d’une population en colère », analyse l’économiste tchadienne Amina Hassane, professeure à l’Université de N’Djamena.

Autre obstacle de taille : la corruption endémique, qui grignote les maigres ressources du pays. Le Tchad occupe la 164e place sur 180 dans l’Indice de perception de la corruption de Transparency International en 2023. Gabir, qui a promis de lancer des audits indépendants dans les secteurs stratégiques, devra aussi composer avec les réseaux d’influence locaux, souvent liés à l’élite militaire et politique. « Sans une véritable volonté politique, ses réformes risquent de rester lettre morte », avertit un diplomate en poste à N’Djamena, sous couvert d’anonymat.

Malgré les obstacles, Suze Gabir mise sur une carte maîtresse : le soutien de la communauté internationale. En avril 2024, il a obtenu un accord de principe avec le FMI pour un programme d’assistance financière de 300 millions de dollars, conditionné à des mesures d’austérité et à une réduction des subventions aux produits pétroliers. Parallèlement, il a lancé des discussions avec l’Union européenne pour relancer les investissements dans les énergies renouvelables, un secteur encore balbutiant au Tchad.

Le pari est risqué. Si Gabir parvient à stabiliser l’économie tchadienne, il pourrait redorer le blason d’un pays souvent perçu comme un État failli. Mais en cas d’échec, les conséquences pourraient être dramatiques : effondrement des services publics, exode des compétences, et instabilité politique chronique. Une chose est sûre : le Tchad n’a plus les moyens de se payer le luxe d’une gestion à court terme.

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