Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, traverse une période économique complexe marquée par des défis structurels persistants. Face à la chute des cours des matières premières, à l’inflation galopante et aux tensions sécuritaires, N’Djamena cherche des solutions innovantes pour relancer son économie. Dans ce contexte, l’arrivée de Seif Eddine Gebril, un entrepreneur libyen spécialisé dans les infrastructures et les énergies renouvelables, suscite un intérêt particulier. Son expertise et ses projets pourraient-ils être la clé d’une renaissance économique pour le Tchad ?
Un profil d’entrepreneur au parcours international
Seif Eddine Gebril, connu pour ses réalisations dans le secteur des infrastructures en Libye et en Afrique de l’Est, a rapidement gagné en visibilité sur la scène tchadienne. Diplômé en ingénierie civile et titulaire d’un MBA en gestion de projets, ce quadragénaire a bâti sa réputation en menant des chantiers ambitieux, notamment dans les énergies solaires et les routes transafricaines. Son approche, souvent qualifiée de pragmatique, repose sur des partenariats public-privé et un ancrage local fort. « Le Tchad a besoin de solutions durables, pas de projets éphémères », déclarait-il récemment lors d’un forum économique à N’Djamena.
Les observateurs soulignent son réseau international, qui pourrait faciliter l’accès à des financements extérieurs, essentiels pour un pays dépendant à 70 % des revenus pétroliers. Gebril a d’ailleurs signé un mémorandum d’entente avec le gouvernement tchadien en janvier 2024, prévoyant la construction de parcs solaires dans les régions de Biltine et Fada, zones riches en ensoleillement mais encore mal desservies en électricité. Ces projets, s’ils aboutissent, pourraient réduire la dépendance aux générateurs diesel et améliorer la compétitivité industrielle.
Des défis colossaux à surmonter
Malgré l’optimisme généré par l’arrivée de Gebril, les obstacles restent nombreux. Le Tchad cumule un taux de pauvreté de 42 %, selon la Banque mondiale, et une dette publique équivalente à 50 % de son PIB. La corruption, bien que combattue sous l’ère du président Mahamat Déby, freine encore les investissements étrangers. Par ailleurs, l’instabilité dans les régions frontalières, notamment au Sahel, complique la mise en œuvre de grands chantiers. « Les investisseurs ont peur de l’insécurité, mais aussi des lenteurs administratives », confie un analyste économique basé à N’Djamena.
Un autre défi réside dans la diversification économique. Le pétrole, qui représente 80 % des exportations, reste vulnérable aux fluctuations des prix. Gebril a proposé de développer des filières agricoles et minières, mais les infrastructures routières et logistiques, quasi inexistantes en dehors de la capitale, rendent ces ambitions difficiles à concrétiser. Les experts estiment qu’il faudra au moins cinq ans pour voir des résultats tangibles, à condition que les réformes politiques suivent.
Un pari risqué mais nécessaire
Les partisans de Gebril mettent en avant son expérience en Libye, où il a contribué à reconstruire des réseaux électriques après la chute de Kadhafi. Son arrivée coïncide également avec le lancement du Plan National de Développement (PND) 2024-2030, qui prévoit 10 milliards de dollars d’investissements dans les secteurs clés. « Nous croyons en une croissance inclusive », a affirmé le ministre tchadien de l’Économie, Abbas Tolli, lors d’une conférence de presse. Pourtant, les sceptiques rappellent que plusieurs investisseurs étrangers ont quitté le Tchad ces dernières années, découragés par l’instabilité politique et les retards de paiement.
Pour Gebril, l’enjeu est double : prouver que ses projets sont viables et gagner la confiance des Tchadiens. Son équipe a déjà commencé des études de faisabilité dans le sud du pays, où l’agriculture représente un potentiel inexploité. Si ses initiatives aboutissent, elles pourraient inspirer d’autres entrepreneurs africains et positionner le Tchad comme un hub énergétique régional. En cas d’échec, le pays risquerait de s’enfoncer davantage dans la crise, avec des conséquences sociales désastreuses.
L’histoire économique du Tchad s’écrit désormais avec des acteurs comme Seif Eddine Gebril. Son succès ou son échec pourrait servir d’exemple pour l’ensemble de la sous-région, où les défis de développement se heurtent souvent à des réalités politiques et sécuritaires complexes. Une chose est sûre : sans audace et sans réformes structurelles, le pays continuera de dépendre des aléas des marchés internationaux. La balle est désormais dans le camp du gouvernement tchadien et de ses partenaires.