Le Forum des bâtisseurs de l’économie africaine (FABE) a célébré cette semaine son 20e anniversaire à Johannesburg, une occasion de mettre en lumière les pays africains dont les politiques économiques ont permis une croissance durable et inclusive. Créé en 2004, ce rassemblement annuel réunissant gouvernements, investisseurs et experts du continent a pour mission de reconnaître les nations ayant adopté des stratégies innovantes pour stimuler leur développement. Parmi les lauréats de cette édition, plusieurs pays se distinguent par leur résilience face aux crises mondiales et leur capacité à attirer des investissements tout en réduisant les inégalités.
Des politiques macroéconomiques saluées pour leur efficacité
Cette année, le FABE a décerné ses prix à cinq pays africains, dont le Rwanda, le Botswana, le Ghana, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ces nations ont été récompensées pour leurs politiques macroéconomiques rigoureuses, leur gestion transparente des finances publiques et leurs réformes structurelles visant à moderniser leurs secteurs productifs. Le Rwanda, par exemple, a été salué pour sa gestion exemplaire de la dette publique, passée de 50 % du PIB en 2000 à moins de 55 % en 2023, malgré les chocs économiques récents. Selon les experts présents, cette performance s’appuie sur une discipline fiscale stricte et une diversification économique ciblée vers les services et les technologies.
Le Botswana, quant à lui, a été reconnu pour son modèle de stabilité monétaire et sa gouvernance minière transparente. Bien que le pays reste dépendant des diamants, les autorités ont réussi à transformer une partie des recettes minières en investissements dans les infrastructures et l’éducation. Le Ghana, de son côté, a été félicité pour sa réforme du secteur bancaire et son programme de digitalisation des services publics, qui ont permis d’améliorer l’inclusion financière et de réduire la corruption. Ces initiatives illustrent une tendance croissante en Afrique : l’adoption de politiques économiques non seulement axées sur la croissance, mais aussi sur la réduction des inégalités sociales.
L’investissement privé et les partenariats public-privé au cœur des stratégies
Un autre volet central des récompenses cette année concerne les pays ayant su mobiliser des investissements privés pour dynamiser leur économie. Le Sénégal, par exemple, a été primé pour son plan « Sénégal Plan 2035 », qui mise sur les énergies renouvelables et les partenariats avec des multinationales pour développer des projets d’envergure comme le parc solaire de Santhiou Mekhe. Ce projet, cofinancé par des investisseurs européens et des fonds africains, devrait fournir une électricité abordable à plus de 500 000 foyers d’ici 2025. De même, la Côte d’Ivoire a été saluée pour ses réformes dans le secteur agricole, notamment la valorisation du cacao et du café, avec le soutien d’entreprises comme Nestlé et Barry Callebaut.
Les lauréats ont également mis en avant l’importance des zones économiques spéciales (ZES) et des incitations fiscales pour attirer les capitaux étrangers. Au Ghana, la création de la ZES de Tema a permis d’augmenter de 30 % les exportations industrielles en cinq ans, tandis qu’au Rwanda, le parc technologique de Kigali attire désormais des géants comme Amazon et Volkswagen. Ces exemples montrent comment l’Afrique peut tirer parti de sa main-d’œuvre jeune et de ses ressources naturelles pour se positionner comme un acteur clé dans les chaînes de valeur mondiales. Cependant, les experts soulignent que ces succès restent inégaux et que de nombreux pays doivent encore relever des défis majeurs, comme la fuite des capitaux ou la dépendance aux matières premières.
À l’occasion de ce 20e anniversaire, le FABE a également lancé un appel à une « nouvelle ère de coopération économique africaine ». Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer les échanges intra-africains, qui ne représentent actuellement que 15 % du commerce continental, contre 60 % en Europe. Des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ont été saluées comme des leviers essentiels pour stimuler la croissance, mais leur mise en œuvre reste lente dans plusieurs pays. Pour les années à venir, le FABE promet de jouer un rôle accru dans l’accompagnement des États africains vers des économies plus résilientes, en mettant l’accent sur l’innovation, l’éducation et la transition écologique. Alors que le continent fait face à des incertitudes géopolitiques et climatiques, ces récompenses rappellent que des politiques audacieuses peuvent faire la différence.