Dans un continent où l’économie informelle représente une part majeure de l’activité, les livreurs à moto émergent comme des acteurs clés de la logistique urbaine. Au cœur de cette transformation, des initiatives innovantes, comme le programme « Conduire le Code » au Sénégal, forment ces professionnels à la sécurité routière, à la gestion financière et aux compétences numériques. Une démarche qui vise à professionnaliser un secteur souvent précaire, tout en répondant aux enjeux croissants de la mobilité et du commerce en Afrique.
Une réponse aux défis de la mobilité urbaine
Avec l’urbanisation rapide et l’essor du commerce électronique, les livreurs à moto, surnommés « okada » au Nigeria ou « clando » au Sénégal, sont devenus indispensables. Cependant, leur activité est marquée par des risques élevés : accidents de la route, précarité économique et absence de protection sociale. Selon une étude de la Banque mondiale (2023), les accidents impliquant des motos représentent plus de 30 % des traumatismes routiers en Afrique subsaharienne. Face à ce constat, des programmes comme « Conduire le Code », lancé par l’ONG sénégalaise Youth for Change et soutenu par des partenaires internationaux, visent à transformer cette réalité.
Ce programme, qui s’étend désormais au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, combine des modules de sécurité routière, de maintenance mécanique et de gestion d’entreprise. « Nous partons du principe que ces livreurs sont des entrepreneurs, même s’ils travaillent souvent dans l’informel », explique Fatoumata Diop, coordinatrice du projet. Les participants apprennent à entretenir leur deux-roues, à calculer leurs marges bénéficiaires ou encore à utiliser des applications de livraison comme Jumia Food ou Yango. Une approche holistique qui répond à la fois aux besoins individuels et aux lacunes structurelles du secteur.
Le numérique comme levier de professionnalisation
L’intégration des compétences numériques constitue un pilier central de ces formations. Dans un pays comme le Sénégal, où seulement 35 % des adultes utilisent internet (Banque mondiale, 2022), les livreurs à moto sont souvent exclus des opportunités offertes par le numérique. « Conduire le Code » leur propose des ateliers sur les plateformes de livraison, la gestion des commandes via smartphone ou encore l’utilisation de services financiers mobiles comme Orange Money ou Wave.
Les résultats sont tangibles. Une enquête interne menée en 2023 révèle que 68 % des participants ont augmenté leurs revenus de 20 % en moyenne après six mois de formation, tandis que les accidents impliquant des motos ont diminué de 40 % dans les zones couvertes par le programme. « Avant, je devais mendier pour réparer ma moto. Maintenant, je sais négocier avec les garages et suivre mes dépenses », témoigne Moussa Ndiaye, livreur à Dakar depuis 2019 et ancien participant au projet.
Au-delà des chiffres, c’est une véritable reconnaissance sociale que ces formations apportent. En obtenant des certifications reconnues par les municipalités ou les plateformes de livraison, les livreurs à moto gagnent en crédibilité auprès des clients et des employeurs. Des partenariats avec des acteurs comme Glovo ou Max.ng leur offrent désormais des contrats formalisés, avec des horaires fixes et une couverture sociale partielle.
Les initiatives comme « Conduire le Code » illustrent une tendance plus large en Afrique : l’innovation sociale au service des travailleurs informels. En combinant formation, inclusion numérique et plaidoyer pour des politiques publiques adaptées, ces programmes pourraient inspirer d’autres pays du continent. À condition que les États et les investisseurs privées s’engagent durablement. Car, comme le souligne Fatoumata Diop, « un livreur à moto formé est un livreur qui contribue à une économie plus sûre et plus équitable ».