L’Afrique centrale et de l’Ouest sont en émoi ce matin après des annonces majeures des gouvernements tchadien et sénégalais concernant des réformes économiques et sécuritaires. Au Tchad, le président Mahamat Idriss Déby Itno a dévoilé un plan quinquennal ambitieux visant à restructurer la dette publique, estimée à plus de 4 500 milliards de francs CFA, tout en relançant les investissements dans les secteurs pétrolier et agricole. De son côté, le Sénégal, sous la direction du président Bassirou Diomaye Faye, a annoncé la création d’une agence nationale dédiée à la transition énergétique, marquant une étape clé dans sa stratégie de sortie progressive des énergies fossiles. Ces initiatives, saluées par les partenaires internationaux, s’inscrivent dans un contexte régional marqué par des défis persistants : insécurité alimentaire, inflation galopante et tensions géopolitiques.
Le Tchad mise sur l’endettement maîtrisé et les ressources naturelles
Le gouvernement tchadien a présenté hier un plan de restructuration de sa dette, négocié avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. L’objectif affiché est de réduire le ratio dette/PIB de 58 % à 45 % d’ici 2028, tout en libérant des fonds pour des projets prioritaires. Le pétrole, qui représente 60 % des exportations du pays, reste au cœur de cette stratégie. Le ministre des Finances, Albert Pahimi Padacké, a confirmé la relance des négociations avec des consortiums internationaux pour exploiter de nouveaux gisements dans le bassin de Doba, malgré les critiques des ONG environnementales. « Nous devons concilier croissance économique et durabilité », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à N’Djamena.
Parallèlement, le gouvernement mise sur l’agriculture, avec un budget de 300 milliards de francs CFA alloué à la modernisation des techniques de culture et à l’irrigation. Cependant, les experts soulignent que ces réformes dépendront de la stabilité politique, alors que des rumeurs de tensions au sein de la junte militaire persistent. Le Tchad, classé parmi les pays les moins avancés par l’ONU, tente ainsi de se repositionner comme un acteur économique clé en Afrique centrale, mais les défis restent nombreux : corruption endémique, dépendance aux cours mondiaux du baril de pétrole, et pression démographique.
Le Sénégal accélère sa transition énergétique malgré les contraintes
Le Sénégal a franchi une étape symbolique avec l’adoption d’une loi créant l’Agence nationale pour la transition énergétique (ANTE), placée sous la tutelle directe de la présidence. Cette structure aura pour mission de coordonner les projets solaires, éoliens et hydroélectriques, avec un objectif de 40 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030. Le président Faye, dont l’élection en mars 2024 avait été saluée pour son programme écologiste, a réaffirmé son engagement : « Le Sénégal ne peut plus attendre pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles, alors que nos voisins subissent les effets du réchauffement climatique ».
Cependant, la transition se heurte à des réalités économiques. Le pays, qui dépend encore à 70 % de ses centrales thermiques, devra investir près de 5 000 milliards de francs CFA sur cinq ans pour atteindre ses cibles. Les partenaires internationaux, comme l’Allemagne et l’Union européenne, ont promis un soutien financier, mais les retards dans les appels d’offres et les lenteurs bureaucratiques freinent le déploiement des projets. À Dakar, des militants écologistes dénoncent également l’opacité des contrats signés avec des groupes comme TotalEnergies pour l’exploitation du gaz offshore, perçu comme une contradiction avec les objectifs climatiques.
Ces réformes, bien que prometteuses, illustrent la complexité des enjeux africains : concilier développement économique et impératifs environnementaux dans un contexte de crise mondiale. Alors que le Tchad et le Sénégal montrent des signes d’audace, leurs succès dépendront de leur capacité à surmonter les obstacles structurels et à garantir une gouvernance transparente. Pour l’Afrique, ces expériences pourraient servir de modèle… ou d’avertissement.