Le Mali et le Burkina Faso marquent un tournant dans leur alliance sécuritaire avec la signature d’un pacte de coopération militaire renforcée, alors que les tensions avec les groupes jihadistes persistent dans la région du Sahel. Ce mardi 21 juillet 2026, les présidents Assimi Goïta et Ibrahim Traoré ont officialisé à Bamako un accord historique visant à mutualiser leurs ressources et à harmoniser leurs stratégies contre les menaces terroristes. Une initiative saluée par les observateurs comme un pas décisif vers une autonomie opérationnelle accrue, mais qui soulève également des questions sur son impact à long terme.
Un partenariat stratégique face à l’insécurité grandissante
Depuis 2023, le Mali et le Burkina Faso subissent une escalade des attaques perpétrées par des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans le Sahel. Les deux États, tous deux dirigés par des juntes militaires issues de coups d’État récents, ont vu leurs armées s’affaiblir sous la pression des groupes armés. L’accord signé ce jour prévoit la création d’un commandement conjoint des forces spéciales, avec un centre de coordination basé à Ouagadougou. Ce dispositif permettra une réponse plus rapide aux menaces transfrontalières, un enjeu crucial dans une zone où les groupes jihadistes exploitent les faiblesses des frontières.
Les détails de l’accord incluent également un partage des renseignements et une intégration des unités de renseignement des deux pays. Selon des sources diplomatiques, cette collaboration s’étendra progressivement à d’autres pays de la région, notamment le Niger, bien que Niamey n’ait pas encore confirmé son adhésion. Les deux présidents ont insisté sur la nécessité de « repenser la lutte antiterroriste » en Afrique de l’Ouest, évoquant une « approche panafricaine » plutôt que dépendante des partenaires internationaux.
Entre souveraineté et défis logistiques
Si l’annonce suscite l’enthousiasme, elle s’accompagne de défis majeurs. D’abord, la question de la légitimité démocratique des juntes au pouvoir divise la communauté internationale. L’Union africaine et la CEDEAO maintiennent des sanctions contre Bamako et Ouagadougou, ce qui pourrait compliquer l’acquisition d’équipements militaires ou le financement des opérations. Ensuite, les capacités logistiques des deux armées restent limitées : malgré les promesses de soutien russe et turc, les retards dans la livraison d’armes et de formations posent problème.
Par ailleurs, l’accord interroge sur son articulation avec les forces françaises et européennes encore présentes au Sahel. Paris, qui a recentré sa stratégie sur le soutien aux capacités locales, a salué l’initiative tout en rappelant que son engagement restait conditionné par le respect des droits humains. Des ONG locales, comme l’Observatoire des droits humains au Sahel, pointent en effet les risques de violations accrues dans le cadre de cette collaboration militaire, notamment dans les zones où les civils sont souvent pris pour cible.
En conclusion, l’alliance Mali-Burkina Faso marque un tournant dans la gestion sécuritaire du Sahel, mais son succès dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité politique des deux pays, l’efficacité de leur coordination, et leur capacité à mobiliser des ressources sans alourdir leur dépendance envers des puissances étrangères. Une chose est sûre : dans une région où le terrorisme ne recule pas, l’union fait la force – mais seulement si elle s’inscrit dans une vision durable et inclusive. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si ce pacte résistera aux réalités du terrain.