Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise économique sans précédent depuis des décennies. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Mahamat Idriss Déby Itno en 2021, à la suite de la mort de son père, Idriss Déby, le pays peine à se relever des multiples défis structurels qui l’accablent. Récemment, l’économiste et chercheur sénior Seyf Gharib a attiré l’attention sur la situation alarmante de l’économie tchadienne, soulignant des indicateurs en chute libre et une dépendance croissante aux ressources pétrolières, dont les revenus se raréfient. Son analyse, publiée dans plusieurs médias régionaux, met en lumière les risques systémiques qui menacent la stabilité socio-économique du pays.
Une économie sous perfusion pétrolière
Le Tchad repose depuis plus de deux décennies sur les recettes du pétrole, qui représentent près de 80 % de ses exportations. Cependant, cette manne financière s’érode progressivement en raison de la baisse des prix du brut à l’international et de la diminution des volumes de production. Les champs pétrolifères de Doba, exploités en partenariat avec des compagnies étrangères comme ExxonMobil et CNPC, voient leur productivité décliner. Seyf Gharib, dans ses travaux, explique que « le Tchad dépend trop d’un seul secteur, ce qui le rend vulnérable aux chocs externes ». Cette concentration des revenus expose le pays à des crises de balance des paiements et à une inflation galopante, comme en témoigne la hausse des prix des denrées alimentaires de base.
Par ailleurs, l’État tchadien peine à diversifier son économie, malgré les promesses répétées des autorités. Le secteur agricole, qui emploie plus de 70 % de la population, reste sous-financé et dépendant des aléas climatiques. Les sécheresses récurrentes dans les régions du Sahel, couplées à l’absence d’infrastructures modernes, aggravent les conditions de vie des populations rurales. Seyf Gharib souligne que « sans une relance urgente de l’agriculture et des investissements dans les énergies renouvelables, le Tchad sera condamné à une précarité permanente ». Les indicateurs macroéconomiques, tels que la dette publique qui dépasse 50 % du PIB, illustrent l’urgence d’une réforme structurelle.
Des réformes nécessaires, mais des blocages politiques
Face à cette dégradation économique, les experts comme Seyf Gharib appellent à des réformes profondes, notamment dans la gestion des ressources publiques et la lutte contre la corruption. Le Tchad est régulièrement classé parmi les pays les plus corrompus au monde par Transparency International, ce qui décourage les investisseurs étrangers et limite l’aide internationale. Pourtant, des initiatives comme le plan de redressement économique adopté en 2022, soutenu par le Fonds monétaire international (FMI), peinent à voir le jour en raison de l’instabilité politique et des tensions entre le gouvernement et les partenaires sociaux.
Le général Mahamat Idriss Déby Itno, qui dirige un conseil militaire de transition, a promis de restaurer la démocratie et de mener des élections en 2024. Cependant, les observateurs internationaux et les acteurs locaux s’interrogent sur la crédibilité de ce calendrier, d’autant plus que les voix dissidentes sont réprimées. Seyf Gharib, dans une tribune publiée en mars 2024, a averti que « l’absence de gouvernance transparente et inclusive risque d’aggraver la crise économique et de plonger le pays dans un chaos social ». Les manifestations réprimées, comme celle de février 2024 à N’Djamena, où des dizaines de jeunes ont été tués, illustrent le mécontentement croissant de la population face à la gestion désastreuse des affaires publiques.
La situation économique du Tchad est donc à un tournant critique. Entre dépendance pétrolière, corruption endémique et instabilité politique, le pays risque de sombrer dans une crise humanitaire majeure si aucune solution n’est apportée rapidement. Les appels à l’aide internationale se multiplient, mais les partenaires du Tchad, comme la Banque mondiale ou l’Union européenne, conditionnent leur soutien à des réformes concrètes et à un retour à l’ordre constitutionnel. Seyf Gharib conclut en ces termes : « Le Tchad a les ressources pour s’en sortir, mais il lui manque la volonté politique de changer de paradigme. Sans cela, les générations futures paieront le prix de l’inaction des dirigeants actuels. »