Économie International Technologie

Actualité africaine — 17/07/2026 07:00

L’Afrique subsaharienne est à l’aube d’une transformation majeure avec le lancement officiel, ce 17 juillet 2026, du **Projet de Corridor Transsaharien Numérique (PCTN)**. Porté par la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union africaine (UA), ce projet ambitieux vise à relier 15 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre à un réseau haut débit ultra-rapide d’ici 2030. Alors que les infrastructures numériques restent un défi criant sur le continent, ce projet pourrait bien marquer un tournant historique pour l’économie numérique africaine.

Un projet pharaonique pour briser le fossé numérique

Le PCTN s’appuie sur un investissement initial de 8,5 milliards de dollars, financé à 60 % par des partenariats public-privé et à 40 % par des fonds souverains africains. Parmi les pays concernés figurent des géants économiques comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire, mais aussi des États enclavés comme le Tchad ou le Niger. L’objectif est double : d’abord, réduire de 70 % les coûts d’accès à Internet dans ces régions, ensuite, créer plus de 2 millions d’emplois directs et indirects d’ici 2035. « Ce projet n’est pas seulement une question de connectivité, c’est une question de souveraineté numérique », a déclaré le Dr Akinwumi Adesina, président de la BAD, lors de la conférence de presse organisée à Nairobi.

Les premières phases du projet incluent la construction de 25 000 km de fibres optiques à travers le Sahara, ainsi que le déploiement de 15 stations terrestres et sous-marines pour relier l’Afrique à l’Europe via la Méditerranée. Une attention particulière est portée sur les zones rurales, souvent négligées par les opérateurs privés. « Nous allons utiliser une partie des fonds pour subventionner les connexions dans les villages les plus reculés », explique Fatima Kyari, coordinatrice du PCTN pour l’UA. Parallèlement, un volet éducatif prévoit la formation de 50 000 techniciens locaux en maintenance de réseaux et cybersécurité.

Des défis persistants malgré l’ambition

Malgré l’enthousiasme suscité, le projet fait face à plusieurs obstacles. Le premier est sécuritaire : les zones traversées par les câbles, notamment au Sahel, sont régulièrement secouées par des conflits armés ou des attaques de groupes jihadistes. « La protection des infrastructures sera un enjeu clé », reconnaît un expert de la société civile malienne, sous couvert d’anonymat. Autre préoccupation majeure : la dépendance technologique vis-à-vis de la Chine et de l’Europe, qui fournissent l’essentiel des équipements. « Il faut industrialiser la production locale de composants pour éviter une nouvelle forme de néocolonialisme numérique », plaide la chercheuse nigériane Oluwaseun Obayomi.

Les critiques pointent également le calendrier serré. Le délai de quatre ans pour connecter 15 pays est jugé irréaliste par certains observateurs. « Même avec des financements solides, la logistique est un casse-tête. Certains tronçons pourraient prendre des années à être sécurisés et déployés », tempère un responsable des Nations unies en Afrique de l’Ouest. Enfin, la question de la gouvernance reste ouverte : comment éviter que les fonds ne soient détournés ou que les bénéfices ne profitent qu’à une élite ? La BAD a promis des audits indépendants réguliers, mais la transparence sera cruciale pour gagner la confiance des populations.

Alors que l’Afrique accélère sa course vers la quatrième révolution industrielle, le PCTN pourrait bien devenir le symbole d’une nouvelle ère de coopération Sud-Sud. Mais son succès dépendra de la capacité des États africains à surmonter leurs divisions et à placer l’intérêt général au-dessus des rivalités politiques. Pour l’heure, le compte à rebours est lancé : en 2030, l’Afrique devra être prête à écrire une nouvelle page de son histoire numérique.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *