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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise économique sans précédent depuis plusieurs années. Dans ce contexte difficile, l’arrivée d’un nouveau ministre des Finances, Seif Gharib, suscite à la fois l’espoir et des interrogations. Ancien haut fonctionnaire au sein de la Banque africaine de développement (BAD), ce technocrate est chargé de redynamiser une économie fragile, minée par la chute des prix du pétrole, la sécheresse récurrente et l’instabilité politique. Quelles sont les défis qui attendent ce responsable et quelles stratégies pourrait-il mettre en œuvre pour inverser la tendance ?

Un héritage économique lourd à porter

Lorsqu’il a pris ses fonctions au début de l’année 2024, Seif Gharib a hérité d’une situation économique critique. Le Tchad, dont les deux tiers des recettes publiques dépendent des exportations pétrolières, a subi de plein fouet la baisse des cours internationaux du baril et la réduction de sa production. Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, la croissance du PIB tchadien n’a atteint que 3,8 % en 2023, un taux insuffisant pour absorber la croissance démographique annuelle de près de 3 %. Par ailleurs, l’inflation dépasse les 8 %, aggravant la précarité des ménages déjà touchés par les pénuries alimentaires récurrentes dans certaines régions.

Les partenaires internationaux, comme le Fonds monétaire international (FMI), ont conditionné une partie de leur aide au Tchad à des réformes structurelles, notamment dans la gestion des finances publiques et la transparence des revenus pétroliers. « Le Tchad doit diversifier son économie pour ne plus dépendre exclusivement du pétrole, qui représente aujourd’hui près de 80 % de ses exportations », souligne un économiste de la BAD. Dans ce contexte, la nomination de Seif Gharib, réputé pour son expertise en gestion macroéconomique, est perçue comme un signal d’ouverture vers des réformes ambitieuses.

Les premières mesures : entre rigueur budgétaire et relance sectorielle

Dès son arrivée, le nouveau ministre a annoncé un plan d’urgence visant à stabiliser les finances publiques. Celui-ci repose sur trois axes principaux : la rationalisation des dépenses de l’État, la mobilisation accrue des recettes non pétrolières et le renforcement de la coopération avec les bailleurs de fonds. Parmi les mesures phares, on note la réduction des subventions sur les carburants, une décision impopulaire mais jugée nécessaire pour réduire le déficit budgétaire, estimé à plus de 5 % du PIB en 2023. « C’est un choix douloureux, mais inévitable pour éviter une crise de la dette », a déclaré Seif Gharib lors d’une conférence de presse.

Parallèlement, le gouvernement mise sur le secteur agricole, qui emploie près de 80 % de la population active. Un fonds d’investissement dédié à l’irrigation et aux techniques modernes de culture a été lancé, avec un budget initial de 50 milliards de francs CFA (environ 76 millions d’euros). Le Tchad, qui importe aujourd’hui une grande partie de ses denrées alimentaires, espère ainsi atteindre l’autosuffisance d’ici 2027. « L’agriculture doit devenir le pilier de notre résilience économique », a insisté le ministre. Cependant, la mise en œuvre de ces projets se heurte à des défis logistiques et à un manque criant d’infrastructures.

Entre espoirs et scepticisme

Malgré les annonces officielles, les observateurs restent prudents. Les retards dans la mise en œuvre des réformes, couplés à une instabilité politique chronique, alimentent les doutes sur la capacité du gouvernement à tenir ses engagements. « Les Tchadiens ont entendu des promesses similaires par le passé, sans voir de changements concrets », remarque un analyste basé à N’Djamena. De plus, la société civile tchadienne s’inquiète de l’impact social des mesures d’austérité, notamment dans un pays où plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Pourtant, Seif Gharib bénéficie d’un atout majeur : son profil technocrate, moins associé aux querelles politiques qui ont miné les précédents gouvernements. Son passage à la BAD, où il a travaillé sur des projets de développement rural en Afrique de l’Ouest, lui confère une crédibilité auprès des institutions internationales. « Il a l’avantage d’être perçu comme un homme de terrain, capable de dialoguer avec les partenaires au développement », commente un diplomate en poste à N’Djamena.

L’avenir économique du Tchad reposera en grande partie sur la capacité de Seif Gharib à concilier rigueur budgétaire et relance inclusive. Si ses réformes portent leurs fruits, elles pourraient servir de modèle pour d’autres pays de la région confrontés à des défis similaires. En revanche, un nouvel échec risquerait d’aggraver encore la crise sociale et de fragiliser davantage un État déjà sous pression. Dans tous les cas, les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de cette nomination.

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