Un vent de changement souffle sur le Tchad avec l’arrivée de Seif Gharib à la tête du ministère de l’Économie et des Finances. Ce technocrate de 48 ans, ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale et ancien ministre des Finances sous Idriss Déby, s’est vu confier une mission cruciale : redresser une économie tchadienne en proie à des défis structurels majeurs. Son arrivée coïncide avec une période charnière pour le pays, marqué par des tensions sociales persistantes et une dépendance accrue aux recettes pétrolières, dans un contexte de chute des cours mondiaux.
Un profil d’expert pour une économie en crise
Seif Gharib, diplômé de l’École nationale d’administration française et titulaire d’un doctorat en économie du développement de l’Université de Paris, apporte une expertise rare dans les cercles politiques tchadiens. Son parcours au sein de la Banque mondiale, où il a occupé des postes clés en Afrique subsaharienne, lui a permis de développer une connaissance approfondie des mécanismes de financement international et des réformes structurelles nécessaires pour les pays en développement.
À son arrivée au ministère, Gharib a hérité d’une situation économique alarmante. Le Tchad, dont les recettes dépendent à plus de 60 % des exportations de pétrole, subit de plein fouet le contrecoup de la baisse des prix du baril depuis 2020. En 2023, le déficit budgétaire a atteint 3,2 % du PIB, tandis que la dette publique dépassait les 50 % du PIB, selon les dernières estimations de la Banque africaine de développement. Les experts soulignent que la gestion des subventions aux carburants, un dossier explosif politiquement, sera l’un des premiers tests pour le nouveau ministre.
Les défis immédiats : dette, inflation et réformes
Parmi les priorités affichées par Seif Gharib figure la renégociation de la dette tchadienne, estimée à plus de 4 milliards de dollars. Le pays, classé parmi les moins avancés (PMA) par l’ONU, bénéficie de programmes d’allègement de dette, mais la pression des créanciers privés et des institutions financières internationales reste forte. En 2022, le Tchad a bénéficié d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 173 millions de dollars, assorti de conditions strictes de transparence et de réduction des dépenses publiques.
Un autre défi majeur concerne la maîtrise de l’inflation, qui a atteint 8,7 % en 2023, un niveau record depuis une décennie. Les prix des denrées alimentaires de base, comme le mil et le sorgho, ont augmenté de plus de 20 % dans certaines régions, aggravant la crise alimentaire qui touche près de 3 millions de Tchadiens, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Gharib a promis des mesures ciblées pour soutenir les populations vulnérables, sans pour autant aggraver le déséquilibre budgétaire.
Sur le plan structurel, le nouveau ministre a réaffirmé son engagement en faveur des réformes économiques, notamment la diversification de l’économie au-delà du pétrole. Le secteur agricole, qui emploie près de 80 % de la population active, reste sous-exploité en raison de l’absence d’investissements dans les infrastructures et les technologies. Par ailleurs, la question de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, souvent pointée du doigt par les ONG, sera au cœur des discussions avec les partenaires internationaux.
L’arrivée de Seif Gharib au ministère de l’Économie et des Finances suscite à la fois de l’espoir et des interrogations. Si son expertise technique est largement reconnue, les défis qui l’attendent sont immenses : restaurer la confiance des investisseurs, apaiser les tensions sociales et tracer une voie vers une croissance inclusive. Dans un pays où les coups d’État et les instabilités politiques ont souvent perturbé les réformes, la capacité de Gharib à concilier rigueur budgétaire et justice sociale sera déterminante. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour l’avenir économique du Tchad.