Côte d’Ivoire : Le gouvernement annonce un plan ambitieux pour relancer l’économie post-Covid et la crise énergétique
Abidjan, le 10 juillet 2026 — Le gouvernement ivoirien a dévoilé hier un plan économique d’envergure visant à redresser une croissance atone depuis 2022, marquée par les séquelles de la pandémie de Covid-19 et les tensions persistantes sur le marché énergétique mondial. Présenté lors d’une conférence de presse à la Primature, ce programme, baptisé « Côte d’Ivoire 2030 : Relance et Résilience », s’articule autour de trois axes principaux : la diversification industrielle, la transition énergétique et le renforcement des infrastructures. Alors que le pays affiche l’un des taux de croissance les plus élevés d’Afrique de l’Ouest (6,8 % en 2025), les autorités reconnaissent la nécessité de corriger les déséquilibres structurels, notamment un chômage des jeunes endémique (plus de 20 %) et une dépendance excessive aux matières premières.
Un plan de 15 milliards de dollars pour une économie en quête de résilience
Doté d’un budget global de 15 milliards de dollars sur cinq ans, le plan « Côte d’Ivoire 2030 » repose sur des investissements ciblés dans des secteurs clés. Le secteur agricole, pilier traditionnel de l’économie, bénéficiera de 3,5 milliards de dollars pour moderniser les chaînes de valeur du cacao — premier produit d’exportation — et du café, avec l’objectif d’augmenter la valeur ajoutée locale de 40 % d’ici 2030. Parallèlement, le gouvernement mise sur l’industrialisation légère, notamment dans les filières agroalimentaire et textile, pour créer 500 000 emplois d’ici 2028. « Nous ne voulons plus être le fournisseur de matières premières, mais des produits transformés », a déclaré le ministre de l’Économie, Adama Koné, lors de l’annonce.
Le volet énergétique, particulièrement sensible depuis les coupures de courant récurrentes de 2024 et 2025, prévoit 4 milliards de dollars pour développer les énergies renouvelables. L’objectif est de porter la part des énergies vertes à 40 % du mix énergétique d’ici 2030, contre 22 % actuellement. Des partenariats avec des acteurs européens et chinois ont déjà été engagés pour construire des parcs solaires dans le nord du pays, où l’ensoleillement est optimal. « La crise énergétique a coûté 1,2 point de croissance en 2025. Nous ne pouvons plus nous permettre cette vulnérabilité », a souligné la ministre de l’Énergie, Fatoumata Bamba.
Des défis majeurs à surmonter : dette et climat des affaires
Malgré l’optimisme affiché, les experts soulignent les risques qui pèsent sur la mise en œuvre du plan. La dette publique, qui atteint 68 % du PIB en 2026, limite la marge de manœuvre du gouvernement. Les agences de notation Fitch et Moody’s ont d’ailleurs placé la Côte d’Ivoire sous surveillance négative en juin, invoquant « des vulnérabilités budgétaires persistantes ». « Le pays a besoin de réformes structurelles pour rassurer les investisseurs, notamment sur la transparence des marchés publics », analyse l’économiste ivoirien Lassina Traoré.
Un autre défi réside dans l’amélioration du climat des affaires. Malgré des progrès récents (le pays a gagné 15 places dans le classement Doing Business 2025), les entreprises locales dénoncent encore la lourdeur administrative et la corruption. Le plan « Côte d’Ivoire 2030 » prévoit des mesures pour simplifier les procédures, mais leur efficacité dépendra de la volonté politique. « Sans une lutte crédible contre la corruption, ces investissements seront gaspillés », avertit la Chambre de commerce d’Abidjan dans un communiqué.
En conclusion, le plan « Côte d’Ivoire 2030 » marque une volonté de rupture avec un modèle de croissance inégalitaire et vulnérable. Si les ambitions affichées sont louables, leur réalisation dépendra de la capacité du gouvernement à concilier rigueur budgétaire, attractivité économique et cohésion sociale. Dans un contexte régional marqué par l’instabilité politique au Sahel et la concurrence accrue des pays asiatiques, la Côte d’Ivoire mise sur sa stabilité relative et son potentiel démographique (29 millions d’habitants) pour s’imposer comme un hub économique en Afrique de l’Ouest. Reste à voir si les promesses se traduiront par des résultats tangibles pour les populations, alors que les élections présidentielles de 2025 ont révélé des fractures sociales profondes.