Le 9 juillet 2026 marque une étape cruciale dans le calendrier politique africain avec le lancement officiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en phase opérationnelle. Cette initiative historique, entrée en vigueur en 2021, franchit un nouveau palier avec l’adoption de son protocole sur les règles d’origine et la mise en place des premières infrastructures commerciales transfrontalières. Alors que les dirigeants africains se réunissent à Addis-Abeba pour célébrer cet événement, les défis persistent : harmonisation des réglementations, infrastructures logistiques défaillantes et résistances protectionnistes. Pourtant, les opportunités économiques promises par cette zone, estimée à 3 000 milliards de dollars de PIB cumulé, pourraient redessiner les équilibres du commerce continental.
Une intégration économique enfin concrète
Après des années de négociations laborieuses, la ZLECAf devient une réalité tangible avec l’ouverture de corridors commerciaux prioritaires reliant l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord. Le Kenya et le Rwanda ont déjà commencé à exporter des produits manufacturés sans droits de douane, tandis que l’Éthiopie mise sur son secteur textile pour tirer profit de l’accord. Selon les projections de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), les échanges intra-africains pourraient augmenter de 50 % d’ici 2030, passant de 15 % à 22 % du commerce total du continent. Cependant, des disparités régionales persistent : les pays sahéliens, en proie à l’instabilité, peinent à s’intégrer, tandis que l’Afrique du Sud et le Nigeria, leaders économiques, jouent un rôle clé dans la stabilité de la zone.
Les obstacles structurels à surmonter
Malgré l’enthousiasme officiel, les défis restent nombreux. Les infrastructures de transport, notamment les routes et les ports, restent sous-développées, avec seulement 34 % des routes africaines asphaltées. Le manque de connectivité aérienne entre les pays limite également les échanges de services, un secteur en croissance. Par ailleurs, les barrières non tarifaires, comme les normes sanitaires ou les certifications, freinent encore les flux commerciaux. La Banque africaine de développement (BAD) a souligné dans son dernier rapport que 60 % des entreprises africaines citent ces obstacles comme leur principale contrainte. Enfin, la question des financements mobilisés pour la ZLECAf reste floue : seulement 10 % des 15 milliards de dollars promis par les partenaires internationaux ont été effectivement débloqués.
Les experts s’accordent sur un point : la réussite de la ZLECAf dépendra de la capacité des États à coordonner leurs politiques industrielles et à investir dans les secteurs clés comme l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et les technologies. L’Afrique du Sud, qui a déjà mis en place des chaînes de valeur régionales dans l’automobile, pourrait servir de modèle. Parallèlement, des initiatives comme le Passport africain pour la libre circulation, lancé en 2025, visent à faciliter les déplacements des entrepreneurs. Si ces mesures portent leurs fruits, la ZLECAf pourrait bien devenir le levier d’une transformation économique durable pour le continent.